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Le président Jacob Zuma s'est engagé à "continuer" le travail de Nelson Mandela en faveur d'une Afrique du Sud "démocratique", "débarrassée de la pauvreté", soulignant le caractère "unique" du "père" de la Nation arc-en-ciel, lors de la cérémonie en son honneur mardi à Soweto. "Il n'y a personne comme Madiba, il était unique", a-t-il dit à plusieurs reprises, utilisant le nom de clan du héros de la lutte anti-apartheid et premier président noir d'Afrique du Sud.

Cette phrase est la traduction du xhosa "Ake Kho o fana naje", titre d'une chanson de la lutte contre le régime ségrégationniste. Cette chanson "est l'une des meilleures descriptions de notre icône mondiale", selon M. Zuma.

"En son honneur, nous nous engageons à continuer de construire une Nation basée sur les valeurs démocratiques de dignité humaine et de liberté", a-t-il poursuivi. "Nous allons continuer à bâtir une Nation débarrassée de la pauvreté, de la faim et des sans-abris."

"Repose en paix notre père et notre héros", a-t-il dit en conclusion.

La première puissance économique du continent reste très inégalitaire avec plus de la moitié de sa population sous le seuil de pauvreté (mois de 50 euros par personne et par mois).

Le président Zuma, au pouvoir depuis 2009, a été hué à son arrivée dans le grand stade Soccer City de Soweto, par une partie de l'assemblée. Mais il a pu dérouler son discours sans heurt et a été applaudi à la fin.

Elu avec le soutien de la gauche de son parti, le Congrès national africain (ANC), Jacob Zuma est aujourd'hui contesté par une bonne partie de ses anciens soutiens, qui lui reprochent de ne pas avoir fait assez pour la redistribution des richesses.

Mgr Tutu fait rire l'assistance pour conclure l'hommage à Mandela

L'ancien archevêque anglican Desmond Tutu a réussi à détendre l'atmosphère à la fin de l'hommage rendu à son ami Nelson Mandela, mardi à Soweto, dans une intervention imprévue mêlant pitreries et prières.

"Je ne vous donnerai pas ma bénédiction avant que vous tous soyez silencieux. Soyez disciplinés (...), je veux entendre un stylo tomber", a-t-il crié, réussissant à obtenir un silence total dans un stade Soccer City déjà largement déserté, après quatre heures d'une cérémonie plutôt ennuyeuse sous une pluie battante, faisant sourire la veuve de Mandela Graça Machel et son ex-femme Winnie.

"Je veux voir le monde célébrer la vie d'une icône extraordinaire", a-t-il lancé, avant de prier dans plusieurs langues sud-africaines.

"Dieu, je te demande de bénir notre pays. Tu nous as donné un trésor merveilleux, avec cette icône de la réconciliation", a notamment dit en afrikaans le prélat, qui comme Nelson Mandela a obtenu le prix Nobel de la paix pour son combat contre le régime ségrégationniste de l'apartheid.

"Nous promettons à Dieu que nous suivrons l'exemple de Nelson Mandela", a enfin lancé Desmond Tutu, ce à quoi la foule a répondu "Oui!"

Obama salue Mandela, "un géant de l'histoire"

Le président américain Barack Obama a salué en Nelson Mandela "un géant de l'histoire", lors de la cérémonie d'hommage officielle au père de la Nation arc-en-ciel mardi à Soweto.

"C'est difficile de faire l'éloge de n'importe quel homme (...) mais c'est encore plus difficile pour un géant de l'histoire qui a mené une Nation vers la justice", a déclaré Barack Obama, chaleureusement applaudi à son arrivée sur l'estrade.

Il a également dénoncé des dirigeants qui se disent "solidaires" avec Mandela mais ne tolèrent pas d'opposition.

Le président américain Barack Obama a fustigé mardi les dirigeants qui se disent "solidaires" du combat mené par Nelson Mandela, mais répriment leur opposition, lors de la cérémonie d'hommage officiel au héros de la paix et du pardon.

"Il y a trop de dirigeants qui se disent solidaires du combat de Nelson Mandela pour la liberté mais ne tolèrent pas d'opposition de leur propre peuple", a-t-il déclaré devant un parterre de dignitaires étrangers, dont certains leaders autoritaires, réunis à Soweto.

Poignée de mains historique Obama-Castro

Le président américain Barack Obama a serré la main de son homologue cubain Raul Castro, pendant l'hommage rendu mardi à Nelson Mandela à Soweto.

M. Obama a offert cette poignée de mains historique avant de monter à la tribune pour prononcer son discours, témoignant ainsi une nouvelle fois de sa volonté de se rapprocher des ennemis des Etats-Unis, a expliqué le responsable. Les deux pays sont en froid depuis le début des années 1960.

Les images de la télévision sud-africaine, qui retransmettait la cérémonie d'hommage à Nelson Mandela, ont montré cette poignée de mains. Barack Obama et Raul Castro ont échangé quelques mots avant que le président américain ne donne l'accolade à son homologue brésilienne Dilma Rousseff qui se tenait au côté du leader cubain dans la tribune du stade Soccer City de Soweto.

Washington a rompu ses relations diplomatiques avec La Havane en 1961, après la prise de pouvoir de Fidel Castro en 1959 et la nationalisation des biens américains sur l'île. Un embargo américain a été décrété en 1962 sous l'administration de John F. Kennedy.

Les deux pays entretiennent toutefois des sections d'intérêts consulaires qui font office d'ambassades.

Le 9 novembre dernier, s'exprimant devant des milieux anticastristes à Miami, Barack Obama avait estimé que les Etats-Unis devaient revoir leur politique vis-à-vis de Cuba, tout en maintenant l'objectif d'aider à une libéralisation de l'île.

"Il faut garder à l'esprit que lorsque (Fidel) Castro est arrivé au pouvoir, je venais juste de naître. Il est insensé de croire que les mesures mises en place en 1961 sont toujours aussi efficace aujourd'hui, à l'ère d'internet et de Google", avait-il déclaré.


Zuma hué par le stade

Le président sud-africain Jacob Zuma a été hué à plusieurs reprises au début de la cérémonie d'hommage à Nelson Mandela, mardi à Soweto, tandis que ses homologues américain Barack Obama et zimbabwéen Robert Mugabe ont été acclamés quand leur visages sont apparus sur des écrans géants.

Si M. Zuma a été hué, l'ancien président Thabo Mbeki --contraint par Zuma à quitter le pouvoir en 2008-- et le vice-président Kgalema Motlanthe --qui s'était présenté contre Zuma à la tête de l'ANC, le parti au pouvoir, fin 2012-- ont en revanche été très applaudis à leur arrivée dans le stade Soccer City.

La télévision sud-africaine a montré dans l'assistance des groupes de partisans des "Economic Freedom Fighters", le nouveau parti très anti-Zuma de l'ancien président des jeunes de l'ANC Julius Malema, qui recrute essentiellement dans les masses de chômeurs et dont les troupes sont souvent indisciplinées.

Arrivé une heure en retard à la cérémonie, le président américain Barack Obama a reçu une ovation des quelque 60.000 personnes présentes dans le stade.

Le vice-président de l'ANC Cyril Ramaphosa, Monsieur Loyal de la cérémonie, a dû appeler au calme pour que le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon puisse prendre la parole. "Que tous soient disciplinés", a-t-il demandé.

Le président zimbabwéen Robert Mugabe, qui est très populaire parmi les plus défavorisés des Sud-Africains pour s'être élevé contre le pouvoir économique des Blancs, a été également très acclamé.

Viva Tata Madiba

Mpumi Tshabalala, 29 ans, a dormi devant le stade de Soweto. "Mandela a fait tellement pour l'Afrique du Sud. Venir, c'est le mieux que je puisse faire pour lui. C'est un honneur pour moi d'être ici", s'est émue la jeune femme. "La pluie c'est un signe de bénédiction en Afrique", a ajouté une dame de 52 ans, parmi les premières à prendre place dans les gradins

Quelques centaines de personnes avaient attendu dès l'aube à Park Station, la gare centrale de Johannesburg, le train --gratuit pour l'occasion-- devant les conduire au stade. D'autres venaient en bus, gratuits eux aussi.

A l'arrivée, ils étaient accueillis par un chaleureux "Bienvenue! Soyez tous les bienvenus! Viva Tata Madiba, Viva!" lancé par haut-parleur. La foule répondait par des "Viva!", comme dans les meetings de l'ANC. "Les Blancs ne savent pas toujours par quoi les gens sont passés pendant la lutte contre l'apartheid", a lancé de son côté Marcel Boezaart, un Afrikaner de 26 ans, dans le même train.

"Je vais à la cérémonie pour rejoindre le sentiment national, pour sortir de ma bulle", a-t-il relevé, alors que Sud-Africains noirs et blancs vivent toujours des vies très séparées près de vingt ans après la fin de l'apartheid.

A la tribune, Barack Obama et le président cubain Raul Castro mettent leurs différends entre parenthèses pour saluer la mémoire du Nobel de la Paix 1993.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, le président sud-africain Jacob Zuma et les dirigeants de pays émergents (Brésil, Chine, Inde) figurent aussi sur la liste des orateurs.

Leurs discours seront précédés du témoignage d'Andrew Mlangeni, qui fut détenu pendant de longues années avec Nelson Mandela sur l'île-bagne de Robben Island sous le régime d'apartheid, et des interventions de membres de la famille.

Tous devraient saluer le parcours exemplaire d'un homme qui a passé vingt-sept ans en prison pour avoir combattu la ségrégation raciale dans son pays avant de négocier une transition pacifique parachevée par son élection à la présidence, en 1994. Une fois au pouvoir, le champion de la lutte pour l'égalité s'est mué en grand réconciliateur, multipliant les gestes de pardon envers ses anciens oppresseurs blancs.

Après la cérémonie d'hommage officiel, mardi, la dépouille du héros national sera exposée pendant trois jours au siège du gouvernement à Pretoria, des processions étant prévues chaque matin dans les rues de la capitale.

Elle sera transférée samedi vers le petit village de Qunu, dans le sud-est rural du pays, la terre des ancêtres xhosas de Mandela. C'est là qu'il sera enterré dimanche aux côtés de ses parents et de trois de ses enfants, lors d'une cérémonie traditionnelle, mêlant le culte chrétien et le rite xhosa.

5 représentants belges

La Belgique est également représentée à Johannesburg. Et en nombre !

Minuscule pays à l’échelle planétaire, notre plat pays a envoyé tout de même cinq représentants officiels : le roi Philippe - sans Mathilde restée à Bruxelles -, le Premier ministre Elio Di Rupo, le chef de la diplomatie Didier Reynders et, plus surprenant, les ministres-présidents des régions flamande et wallonne Kris Peteers et Rudy Demotte. Soit autant que les États-Unis, le Brésil ou la France qui, soit dit en passant, a embarqué l’ancien patron du Parti communiste Robert Hue dans ses valises.

Rudy Demotte, de son côté, a sauté dans l’Airbus de l’armée de l’air en dernière minute, rejoignant ses collègues et le roi Philippe, qui vole en groupe pour une fois. "Tout cela s’est décidé assez tardivement", commente son cabinet. "Il y a eu une coordination avec le Premier ministre pour que la représentation belge soit la meilleure possible, tant au niveau fédéral que régional."

Invité par le Palais à faire partie de la délégation officielle, le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort a poliment décliné, estimant que la Belgique était suffisamment représentée.

Le cabinet du ministre-président flamand nous précisait que Kris Peteers a "effectivement quitté la Belgique de Melsbroek" hier matin "avec l’ensemble de la délégation belge". Seul, c’est-à-dire sans membre de son cabinet. Rudy Demotte est lui aussi monté dans l’Airbus de l’armée belge sans cabinétard.

En tant que chef de la délégation, Elio Di Rupo est accompagné de cinq membres de son cabinet tandis que Didier Reynders a pris deux collaborateurs avec lui, "une diplomate et un porte-parole", détaille le porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères. Auxquels il faut ajouter un porte-parole, mais du ministère.

La délégation belge n’assistera par ailleurs pas aux funérailles officielles de Mandela prévues ce dimanche à Qunu, sur la terre de ses ancêtres. Les autorités sud-africaines ont tenté de décourager les dirigeants de s’y rendre car les infrastructures sont particulièrement limitées et la sécurité sera difficile à assurer. Tout le monde sera donc de retour mercredi à 18 h, dans l’avion de l’armée belge, seul avion capable de tenir la distance sans escale.