Les deux journalistes, philippine et russe, ont été récompensés pour "leurs efforts en faveur de la sauvegarde de la liberté d'expression, une condition préalable à la démocratie et à une paix durable", a déclaré la présidente du Comité, Berit Reiss-Andersen.

Maria Ressa a cofondé le site d'investigation Rappler en 2012, dans lequel elle dénonce les abus de pouvoir et la corruption du gouvernement Duterte. Elle est aussi connue pour son travail sur la manière dont Facebook et autres réseaux sociaux sont utilisés pour diffuser des Fake News. Elle a été condamnée à six ans de prison pour diffamation, suite à une plainte de l'homme d'affaires Wilfredo Keng, que Rappler avait accusé d'être mêlé à un trafic d'êtres humains.

"Elle utilise la liberté d'expression pour exposer les abus de pouvoir et l'autoritarisme croissant dans son pays natal, les Philippines", dirigé par Rodrigo Duterte, a salué le jury à son sujet.

"Un monde sans faits signifie un monde sans vérité et sans confiance", a déclaré Mme Ressa lors d'un entretien diffusé en direct par son média d'investigation Rappler. 


Agé de 59 ans, Mouratov, un des fondateurs et rédacteur en chef du journal russe Novaïa Gazeta "a depuis des décennies défendu la liberté d'expression en Russie dans des conditions de plus en plus difficile", a souligné le jury. Depuis la création du média en 1993, six de ses journalistes ont été tués pour leurs enquêtes.

Le lauréat a d'ailleurs dédié son prix à son journal et aux journalistes assassinés. "Ce n'est pas mon mérite personnel. C'est celui de Novaïa Gazeta. C'est celui de ceux qui sont morts en défendant le droit des gens à la liberté d'expression", a-t-il dit, cité par l'agence de presse publique TASS, et listant les noms des six journalistes et contributeurs au journal assassinés, dont Anna Politkovskaïa.

La liberté de la presse, jamais sacrée jusqu'à présent, figurait parmi les favoris pour cette année mais les 329 candidatures en lice étaient tenues secrètes.

Le prix --une médaille d'or, un diplôme et une somme de 10 millions de couronnes suédoises (près de 980.000 euros)-- doit être physiquement remis le 10 décembre à Oslo si les conditions sanitaires le permettent.

L'an dernier, le Nobel de la paix avait récompensé le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies pour ses efforts contre la faim dans le monde.

Après la paix, seul Nobel remis à Oslo, la saison des prix décernés depuis 1901 s'achève lundi à Stockholm avec l'économie.