Le procès en appel de l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic, condamné à la prison à vie notamment pour son rôle dans le génocide de Srebrenica, s'ouvre mardi devant la justice internationale à La Haye. Initialement prévues en mars, les audiences ont été reportées une première fois car Mladic, 78 ans, a subi une opération du côlon, et une seconde fois à cause de la pandémie de Covid-19.

Surnommé le "Boucher des Balkans", Mladic a été condamné en première instance en 2017 par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à la détention à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité pour son rôle dans la guerre en Bosnie (1992 - 1995), qui a fait quelque 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés.

Les premières audiences dans son procès en appel, fermées au public en raison du nouveau coronavirus, se dérouleront mardi et mercredi devant le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI), qui a repris les travaux du TPIY après sa fermeture.

La défense s'exprimera en premier mardi à 9H30, suivie par la réponse du procureur. Mladic aura ensuite l'occasion de prendre la parole personnellement mercredi, pendant 10 minutes, en fin d'audience. Sa présence restait toutefois incertaine, ses avocats ayant évoqué des problèmes de santé.

Mladic a notamment été condamné en première instance pour son rôle dans le siège de Sarajevo et le génocide de Srebrenica en 1995, pire tuerie sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale, où plus de 8.000 hommes et garçons musulmans ont été tués par les forces serbes de Bosnie.

La défense et l'accusation ont toutes deux fait appel. Dans son jugement, le TPIY avait acquitté Mladic du chef de génocide dans plusieurs autres municipalités, ce qui constitue l'essentiel de l'appel interjeté par le procureur.

A cause de la pandémie, les familles de victimes ne se rendront pas à La Haye.

La défense a à maintes reprises demandé un nouveau report, arguant que Mladic "n'est pas en mesure de participer de manière significative aux procédures" en raison d'un "état de santé en déclin et de capacités cognitives endommagées".

Contacté par l'AFP, le fils de l'ancien chef militaire a lui aussi affirmé que la santé de son père ne lui permettait pas de se préparer aux audiences. "Il n'a pas l'énergie nécessaire" et sa mémoire peut lui jouer des tours, a expliqué Darko Mladic, mais le MTPI a jugé que les conditions n'étaient pas remplies pour justifier un nouveau report.

Mladic est l'un des principaux dirigeants jugés par la justice internationale pour les crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie, outre l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic et l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, mort dans sa cellule à La Haye d'une crise cardiaque en 2006, avant l'achèvement de son procès.

Karadzic, condamné à 40 ans de prison en première instance pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, a finalement été condamné en appel à la prison à vie en 2019.