La venue de l'ancienne députée FN (devenu RN), qui était très populaire au sein du parti, est une "prise de guerre", qui peut "contribuer à marginaliser un peu Marine Le Pen", estime Sylvain Crépon, maître de conférences en sciences politiques à Tours, spécialiste du FN.

Mais "ça n'élargit pas vraiment l'électorat" du candidat d'extrême droite, dont elle est proche idéologiquement, plus libérale sur le plan économique, plus conservatrice sur les valeurs sociétales que sa tante, même si elle peut amener des "voix d'électeurs RN".

"Etre populaire, ça ne suffit pas pour drainer des électeurs", note-t-il.

En outre, son ralliement risque d'avoir moins d'impact qu'escompté dans le contexte de la guerre en Ukraine, qui a cassé la dynamique d'Eric Zemmour, qui a reconnu l'"erreur" de ne pas avoir cru à l'invasion décidée par Vladimir Poutine.

"Dans cette campagne présidentielle très particulière, nourrir un certain nombre de calculs politiciens, de négociations en sous-main, de circonscriptions, c'est assez dérisoire", a critiqué samedi sur RMC Louis Aliot, vice-président du RN.

"Assemblage"

Au RN, on minimise. "L'électorat fera peu de cas de ce ralliement, comme il a fait peu de cas des autres", selon M. Aliot.

"Son départ a eu lieu il y a longtemps", estime un autre cadre. Et "ceux qui suivent Marion sont déjà chez Zemmour".

A l'inverse chez Eric Zemmour, on présente l'arrivée de Marion Maréchal, ancienne députée FN du Vaucluse, comme un "tournant".

Pour Nicolas Bay, ancien membre dirigeant du RN, qui a rejoint il y a quelques semaines Reconquête!, Marion Maréchal "peut rassurer l'électorat de LR" et "lever des réticences" chez les femmes, moins disposées que les hommes à voter pour l'ancien chroniqueur de CNews. Pour lui, son propre ralliement comme celui de l'ancien sénateur RN Stéphane Ravier "c'est plus un apport de militants, d'élus".

Le politologue Jean-Yves Camus n'est pour sa part pas persuadé que ce ralliement "changera la donne".

La question va vite se poser de "l'assemblage" entre Eric Zemmour et Marion Maréchal, "deux personnalités qui vont être assez rapidement en compétition", souligne ce spécialiste. Mais aussi entre Marion Maréchal et la proche conseillère et compagne du candidat, Sarah Knafo. Sa "présence peut gêner Marion Maréchal, qui n'a pas l'intention de faire de la figuration", ajoute-t-il.

Le coup d'après

La nièce de Marine Le Pen "pense que le prochain étage de la fusée, c'est elle". Mais cela veut dire d'abord "combattre sa tante", rappelle Jean-Yves Camus.

En fait Eric Zemmour et Marion Maréchal "voient déjà le coup d'après, en tablant sur une marginalisation de Marine Le Pen", abonde Sylvain Crépon, en vue "d'une fusion entre le RN et Reconquête! pour constituer un axe réactionnaire auprès de LR".

Ce qui serait à ce stade une "recomposition de l'extrême droite" plus qu'une "union des droites" entre l'extrême droite et la frange dure de LR. Sauf à faire "exploser LR, dont une petite partie les rejoindrait, et l'autre grosse partie irait chez Macron".

"La vraie seule recomposition, c'est la fin du cordon sanitaire entre LR et le RN avec la possibilité d'alliances", appuie Jean-Yves Camus.

Mais plus que la présidentielle, ce sont les législatives qui pourraient faire sortir du bois certains LR. "Des LR demandent des nouvelles de Zemmour. Et avec les vacances parlementaires, ils vont commencer à se poser des questions sur leur réélection", soutient une proche du candidat d'extrême droite.

Samedi, Marine Le Pen a ironisé sur le ralliement de sa nièce, une "bouée de sauvetage" de la campagne d'Eric Zemmour, qui est "en train de s'effondrer". La candidate du RN est donnée au second tour selon les derniers sondages, à plusieurs points devant son rival.