Monde C'est une pratique dont on avait assez peu entendu parler depuis le déclenchement du conflit syrien, au printemps de 2011.

Pourtant, dès les premières heures du soulèvement, qui n'était pas encore armé à l'époque, des viols auraient été commis par le régime de Bachar Al-Assad sur ses opposants. Des viols de guerre comme en Bosnie où 20.000 viols ont été commis contre des femmes musulmanes entre 1992 et 1995. Autre exemple, celui du Rwanda où les estimations donnent le chiffre affolant de 250.000 à 500.000 viols commis en 1994. Lors de ce conflit, le viol n'était pas qu'une humiliation pour les femmes, il était une arme envers l'opposant. Selon l'ONU, 70% des femmes violées au Rwanda ont contracté le sida. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda expliquant en 1998 qu'il s'agissait "d'une volonté d'exterminer l'ethnie Tutsi".

Mais pour la Syrie, qu'en est-il ? Selon un article du Monde du début du mois, le viol serait tout simplement "l'arme secrète de Bachar Al-Assad". "Secrète" car la pratique est peu connue, peu documentée. Même si les dizaines de milliers de réfugiés syriens le confirment, l'ONU et les différentes ONG peinent à recueillir des témoignages tant le sujet est sensible, douloureux et que la société syrienne ne favorise pas la révélations de ces crimes. En effet, la société syrienne est traditionnelle, faite de tabous, ce qui favorise le silence de victimes. Les femmes, les filles violées craignent "le rejet par leur propre famille, voire une condamnation à mort", explique Le Monde.

Le quotidien française cite plusieurs témoignages. Par exemple, celui d'une jeune femme de 27 ans qui ne marchera plus. Sa colonne vertébrale a été brisée par les coups donnés par un soldat du régime. Son récit permet de mieux comprendre en quoi le viol est devenu une arme pour le régime syrien. Au début du régime, cette mère de quatre enfants s'est engagée dans la révolution, aux côtés des rebelles. Selon un membre de l'opposition syrienne cité par Le Monde, "c'est cette arme qui, selon moi, a fait basculer dans la guerre notre révolution qui s'était voulue pacifique."

Son raisonnement se base sur des faits qu'il rapporte. Les viols auraient commencé dès le printemps 2011, dès le début du conflit. Des filles ont été violées devant leur père, des femmes devant leur mari. Cela se passait à l'intérieur même des maisons. Les hommes devenaient fous et cela a fait naître l'esprit de vengeance. "Je pensais, moi, qu'il fallait tout faire pour ne pas entrer dans une phase militarisée, qu'armer la révolution allait multiplier par cent le nombre de morts. Mais la pratique du viol en a décidé autrement. Et je crois que Bachar l'a voulu ainsi. Une fois les révolutionnaires armés, il lui était facile de justifier les massacres de ceux qu'il appelait déjà 'les terroristes'."

Cette thèse est difficile à vérifier et même les faits manquent. Toutes les associations les évoquent mais avouent aussi l'extrême difficulté à rassembler les témoignages. Toujours est-il que si ces faits sont avérés, ils pourraient être considérés comme des crimes contre l'humanité.

Le viol systématique des femmes, "qu'elles aient 9 ans ou 60 ans, est une façon de détruire durablement tout le tissu social", explique au Monde l'auteure d'un rapport de l'Euro-Mediterranean Human Rights Network sur le sujet. Elle affirme d'ailleurs que les viols sont "fréquents lors des raids dans les villages, et systématique dans les centres de détention des services secrets". Elle estime le nombre de femmes violées dans les prison de Bachar Al-Assad à plus de 50.000.