Des volutes de fumée s’élèvent dans le ciel d’automne de la vallée. Charektar brûle. À la veille de l’arrivée des troupes azerbaïdjanaises, les habitants de ce village près du Nagorny Karabakh préfèrent incendier leurs maisons que de les abandonner au voisin honni. "C’est le dernier jour, demain les soldats azerbaïdjanais seront là." La gorge serrée, l’homme noue un vieux pull imbibé d’essence au bout d’une perche de bois, l’allume, et jette le tout sur le parquet. "C’est ma maison, je ne peux pas la laisser aux Turcs", comme les Arméniens appellent souvent les Azerbaïdjanais.

"Tout le monde brûle sa maison aujourd’hui […] On nous a donné jusqu’à minuit pour partir", lâche-t-il, avant de remonter dans sa jeep, sans un regard derrière lui.

Un accord de paix signé en début de semaine entre Erevan et Bakou sous l’égide de Moscou a mis fin à près de sept semaines d’intenses combats au Nagorny Karabakh, enclave montagneuse disputée depuis des décennies entre ces deux pays du Caucase.

Au terme de ce texte, qui consacre une humiliante défaite pour l’Arménie, l’Azerbaïdjan reconquiert de larges territoires sous contrôle arménien depuis une première guerre au début des années 1990.

Charektar en est l’une des principales zones habitées, et sans doute plus de la moitié des maisons du village, pour beaucoup de modestes masures de paysans, y ont été incendiées ces dernières 24 heures par leurs propriétaires sur le départ.