Monde Paul Delmotte, professeur de politique internationale nous livre son analyse.

Paul Delmotte est professeur retraité de l’Ihecs (Bruxelles). Il y enseignait notamment la politique internationale et l’histoire du Proche Orient. Il nous livre son analyse des attentats.

Comment peut-on expliquer la vague d’actes terroristes qui frappe la France, la Belgique et la Turquie (pour ne citer que ces trois pays) ?

"Les attentats que nous connaissons ces derniers mois sont liés aux revers que connaît l’Etat Islamique sur le terrain avec la chute de ses positions et la mort récente d’Omar le Tchétchène, un de ses chefs militaires les plus importants. L’EI perd du terrain et le regain de violence chez nous est une riposte à ces déboires. Ces déboires concernent aussi les sympathisants de l’EI en Europe qui mènent des opérations qui ont à leurs yeux une valeur de représailles."

Que pensez-vous de la réaction de François Hollande au lendemain de l’attentat de Nice où il promet d’intensifier les combats en Irak et en Syrie ?

"François Hollande a tout faux. En France, il préconise une répression accrue alors qu’en Syrie, il participe à une escalade de la violence. Beaucoup de jeunes qui vont combattre en Syrie et en Irak ne le font pas pour des motifs religieux mais par révolte contre leur milieu de vie donc, la répression est quelque chose de contre-productif. Ce qu’il faut, c’est mettre fin à la répression. Une intervention militaire ne va faire que susciter de la sympathie pour l’Etat Islamique de la part de jeunes déboussolés."

L’attentat en Belgique était-il prévisible ?

"La Belgique faisant partie de l’Otan et étant impliquée au Mali, au Sahel et ailleurs, c’est une bonne cible pour les terroristes."

Que recommandez-vous alors, en matière de lutte contre le terrorisme ?

"Les militaires dans les rues rassurent les gens mais ce qu’il faut, c’est surtout des politiques de suppression des discriminations. Il faut une politique beaucoup plus active avec des objectifs communs pour rapprocher les communautés."