Mark Serreze, directeur du Centre national des données sur la neige et la glace, est très pessimiste pour l'avenir des calottes glacières. En 2017, il alertait déjà la société du phénomène de fonte des glaces en prédisant que celles-ci allaient disparaître "d'ici 5 ans". Pour CNN, Serreze s'est penché sur les nouvelles images satellites dévoilées par la NASA qui confirment la disparition de calottes glaciaires au Canada. "Je ne peux pas dire que j'ai été terriblement surpris car nous savions qu'elles allaient disparaître, mais cela s'est passé très vite",

Les deux calottes glaciaires concernées étaient situées sur le plateau Hazen, au Nunavut, un territoire fédéral du Canada situé au nord du pays. Les dernières données datant de 1959 indiquent que la superficie de la plus grande calotte était de près de 5 km² et la plus petite de 1,6 km².

© NASA

Selon le rapport de plusieurs scientifiques, les glaciers se seraient probablement formés il y a environ 5 000 ans. Leur taille maximale respective aurait été atteinte entre le 16e et le 19e siècle lors d'une période connue sous le nom de "petite période glaciaire".

D'autres prédictions alarmantes

Ce qui a fait du tort à ces deux calottes glaciaires serait en partie les températures très chaudes connues lors de l'été 2015 au Canada. La hausse des températures a réduit la longévité des glaciers situés dans la baie de Saint-Patrick. Depuis ce fameux été 2015, les températures ne sont jamais vraiment redescendues, comme l'explique Mark Serreze à CNN. "On pouvait vraiment voir en 2015 que les 2 calottes ont été touchées. Mais cette chaleur n'a pas vraiment cessé depuis. Il fait juste trop chaud", a-t-il regretté.

Les autres glaciers qui se situent près des calottes glaciaires de la baie de Saint-Patrick sont également en voie de disparition. Celles qui sont surnommées Murray et Simmons, et qui se trouvent à une altitude plus élevée, commencent elles aussi à perde de leur superficie au fil des années. "Je vais faire une autre prédiction selon laquelle elles auront disparues dans une décennie", a déclaré le directeur du Centre national des données sur la neige et la glace.

Les petites calottes glaciaires situées dans l'Arctique sont des indicateurs très sensibles aux effets du changement climatique, selon Mark Serreze. En effet, le phénomène de "l'amplification de l'Arctique", qui fait référence à l'observation pousse à démontrer que l'Arctique se réchauffe à un rythme beaucoup plus élevé que le reste du globe, "deux à quatre fois plus vite", selon le spécialiste.

Les vagues de chaleur qui sont plus chaudes que par le passé et les vagues de froid qui ne sont pas aussi froides qu'auparavant sont des facteurs qui contribuent à la disparition de toutes ces calottes glacières.

Pour Mark Serreze, la disparition des calottes glaciaires de la baie de Saint-Patrick ne représente qu'une "infime partie de ce qui se passe actuellement dans l'Arctique".

Air, glace et eau, un cercle vicieux

Comment expliquer la fonte des glace? C'est très simple. L'air se réchauffe et fait fondre la glace, ce qui découvre plus d'océan, qui peut donc absorber plus de rayons du soleil... ce qui réchauffe l'eau et fait fondre plus de glace. La banquise fond ainsi par le haut et par le bas, et de plus en plus. Dans l'Arctique, la banquise fond l'été et s'étend l'hiver. Le minimum est observé en septembre, et le maximum en mars, quand la surface glacée est généralement deux ou trois plus grande qu'à la fin de l'été et couvre tout l'océan Arctique.

L'océan se réchauffe donc. L'atmosphère se réchauffe à son tour, dans ce qui est essentiellement un cycle de rétroaction et un cercle vicieux.

Tom Neumann, chef du laboratoire des sciences de la glaciologie à la NASA a déclaré à CNN que la fonte des glaciers de l'hémisphère nord est un processus continu qui s'est aggravé ces dernières années.

"Depuis environ 1990, le rythme auquel ces glaciers rétrécissent s'est vraiment accéléré", a déclaré Tom Neumann qui souligne aussi le fait que les calottes glaciaires de la baie de Saint-Patrick ne seront pas les derniers glaciers à disparaître. Même si leurs superficies étaient minuscules, il soutient le fait que leur perte est préoccupante.

"Nous devrions nous en préoccuper car même si ce n'est qu'un petit glacier quelque part dans l'Arctique canadien, tous ces glaciers contribuent collectivement à l'élévation du niveau de la mer."

Grâce aux progrès technologiques importants réalisés au niveau de la surveillance par satellite, les scientifiques en apprennent beaucoup plus sur les changements qui se produisent sur Terre en raison du réchauffement climatique.

"Nous disposons maintenant de bien meilleurs outils pour faire de meilleures prévisions sur la façon dont ces calottes glaciaires vont changer."

L'année dernière, la disparition du glacier Okjökull en Islande a marqué la première disparition d'un glacier à cause du changement climatique.