Une semaine avant la mort de Samuel Paty, le professeur a dialogué par mail avec des collègues ainsi que sa hiérarchie. Le principal sujet de discussion ? Son cours portant sur la liberté d’expression, celui qui a dérangé Abdoullakh Anzorov, le jeune homme d'origine tchétchène, qui a assassiné le professeur d'Histoire-Géo pour 'venger' son prophète.

Alors qu'il donnait son cours dans lequel il abordait la problématique 'Faut-il ne pas publier ces caricatures pour éviter la violence ou faut-il publier ces caricatures pour faire vivre la liberté?', il a expliqué au travers de mails comment les élèves avaient vécu les différentes étapes de la leçon.

"J’entame un travail de réflexion où je montre une caricature 'trash' pendant quelques secondes. Je propose aux élèves qui auraient peur d’être choqués de ne pas la regarder (et pas seulement aux élèves musulmans) ou de sortir quand une auxiliaire de vie scolaire est présente", peut-on lire dans ces mails auxquels a eu accès le quotidien français Le Monde.

Il a ainsi détaillé avoir essayé lors de cette séance de déconstruire des arguments islamistes. "Il n’y a pas de blasphème car la République est laïque. En outre, l’argument qui est de dire qu’il y a une loi divine supérieure à celle des hommes est vide de sens dans un État qui n’est pas musulman et en sachant que les auteurs de ces caricatures ne sont pas musulmans", aurait déclaré le professeur à ses élèves, selon ce qui est écrit dans ses mails.

Le début des menaces

Malgré les efforts de Samuel Paty pour ne pas heurter ses élèves, le professeur n'a pas réussi à apaiser les tensions: "Une mère d’élève a mal compris ma démarche et a cru à la discrimination ce qui juridiquement n’est absolument pas le cas", a-t-il écrit à sa direction.

L'affaire a pris de plus en plus d'ampleur à l'extérieur de l'établissement, le professeur a ainsi raconté: "Je suis menacé par les islamistes locaux". La directrice a fait part du même constat dans leurs échanges. "Un individu a menacé de faire venir des musulmans devant le collège et d’alerter la presse", peut-on y lire.

Par la suite, sentant que le problème pourrait dégénérer, le professeur a fait son mea culpa: "Il y a un implicite qui pourrait froisser les musulmans (...) J’aurais dû dépasser ces arguties juridiques et éviter de faire une erreur humaine", a-t-il rapporté à ses confrères avant de décider de "retirer cette séquence" de son futur programme.

Alors que certains professeurs l'ont soutenu, d'autres avaient un discours plus véhément: "Il a desservi la cause de la liberté d’expression, il a donné des arguments à des islamistes et il a travaillé contre la laïcité en lui donnant l’aspect de l’intolérance...", a écrit une collègue.

Le professeur Paty a ensuite exprimé son désaccord et annoncé qu'il portera plainte contre le père d'une élève (Z.), Brahim C., qui depuis est mis en examen pour 'complicité d’assassinat terroriste'. 

Ce dernier aurait "sur Internet, appelé à la mobilisation après les cours de Samuel Paty" et l'enquête a démontré que l'assaillant s'était inspiré de ses messages, selon le procureur de la République antiterroriste.