De divins matches de foot, des souterrains kilométriques, un distributeur de billets au langage étonnant… Le Vatican n’est pas pour rien l’un des États les plus étranges du monde

ROME Quand, le jour de sa renonciation, ce jeudi 28 février, Benoît XVI s’envolera pour sa résidence d’été à Castel Gandolfo, qu’il jettera un dernier regard de pape sur son Vatican bien- aimé, il pourra se dire, non sans émotion sans doute, qu’il demeure le seul souverain au monde dont la propriété de campagne est plus vaste que la superficie de son pays. Et cela, soyons sincère, c’est très chic.

Car pour être un État au sens classique du terme, le Vatican n’en demeure pas moins très particulier.

Du haut de ses 44 hectares, le plus petit pays du monde n’a rien à envier à ses mastodontes de voisins.

Des ambassades qui lui sont consacrées ? Même l’État italien a dû en installer une.

Une poste ou une banque ? Vous trouverez tous les timbres estampillés qu’il faut, et même un distributeur qui vous parlera en latin (la langue officielle du coin).

Un supermarché ou un centre commercial ? Les quelques privilégiés qui peuvent s’aventurer au-delà des murs les plus gardés du pays y dénicheront tout ce qu’ils voudront.

Mais sachez-le tout de même, le Vatican demeure le seul territoire de la planète où vous ne distinguerez aucune enseigne lumineuse, aucun panneau publicitaire, et où l’armée peut se targuer d’être aujourd’hui encore habillée par Michel-Ange en personne, qui dessina aux gardes suisses l’uniforme bariolé qu’ils arborent toujours.

Mais le Vatican c’est aussi une gare, des tribunaux, des pompes à essence, une imprimerie, un dispensaire et une pharmacie, des kilomètres de passages secrets, des euros spécifiques, une population qui tourne autour des 800 personnes, des ministères, un hôtel, des musées d’une richesse inouïe, la plus grande basilique du monde, une bibliothèque immense, de très intrigantes archives secrètes, des bâtiments bénéficiant de l’extraterritorialité, une radio et un journal.

Il s’agit du célèbre Osservatore Romano , imprimé quotidiennement, qui se vante d’ailleurs d’être le journal le moins lu mais le plus cité au monde, et d’être le seul titre imprimé dans un pays sans y être vendu (il n’y a pas de kiosques au Vatican).

Croyez-le ou non, le Vatican a aussi son équipe de foot, la célèbre Redemptoris Mater , et son tournoi mis en place par le cardinal Bertone, le bras droit du pape.

Lors de son seul match international, des prêtres venus du Brésil, d’Uruguay ou du Mexique ont enrichi les rangs de la Redemptoris qui a pu arracher le nul blanc face à la… Principauté de Monaco.

Tennismen, quant à vous, soyez rassurés, il existe un terrain au Vatican, ainsi qu’une aire de jeux pour les enfants des familles qui résident dans la cité.

Mais au-delà des tacles, le Vatican est d’abord la nation du silence, de la prière, du temps tamisé et du bruissement des chasubles.

Dans son hélicoptère qui chahute le ciel romain, Benoît XVI doit les imaginer, ses cardinaux, se préparant mystérieusement à cette étrange élection qu’est le conclave qui s’annonce.

Quant à lui, il préfère sûrement regarder les jardins pontificaux qu’il aimait tant et qui s’éloignent à l’horizon, alors que déjà se dessinent les merveilleux paysages de Castel Gandolfo, et les toits de la ferme qui peuple cette grande propriété.

Car le pape est aussi un agriculteur qui possède des dizaines de vaches, des centaines de gallinacés, 500.000 abeilles, des oliviers, des potagers, des vergers et des fleurs.

Jésus n’avait-il pas dit lui-même qu’il devait être le premier des bons pasteurs ?



© La Dernière Heure 2013