Dans un long article publié sur leur site internet, deux journalistes de l'agence de presse Associated Press (AP) se sont exprimés longuement sur la situation de la ville assiégée. Surtout, ils sont revenus sur leur façon de quitter l'Ukraine. Depuis près de trois semaines, la ville est bombardée de toute part. Ce lundi matin, Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne a eu des mots très forts: "Ce qui se passe à Marioupol est un crime de guerre majeur. Les bombardements indiscriminés dévastent la ville et tuent tout le monde", a-t-il expliqué. Un témoignage représentatif de la réalité selon les deux journalistes.

"Les Russes nous traquaient"

L'Associated Press était le dernier média présent sur place afin de rendre compte de la situation. "Nous faisions un reportage à l'intérieur d'un l'hôpital lorsque des hommes armés ont commencé à rôder dans les couloirs. Les chirurgiens nous ont donné des gommages blancs à porter comme camouflage", commencent Mstyslav Chernov et Evgeniy Maloletka. "Où sont les journalistes, putain de merde ?", s'écrient les hommes armés. "Finalement, il s'agissait de militaires ukrainiens qui avaient pour mission de nous faire sortir. Les Russes nous traquaient. Ils avaient une liste de noms, dont les nôtres, et ils se rapprochaient", assure le journaliste.

"Nous avons couru dans la rue, abandonnant les médecins qui nous avaient hébergés, les femmes enceintes qui avaient été bombardées et les gens qui dormaient dans les couloirs parce qu'ils n'avaient nulle part où aller", explique-t-il.

"Une ville mourante"

Leur témoignage sur l'état de la ville est édifiant. Lors de leurs deux reportages publiés le 16 mars et ce lundi, ils expliquent que Marioupol n'est plus une ville. "Bombe après bombe, les Russes ont coupé l'électricité, l'eau, l'approvisionnement alimentaire et, surtout, les tours de téléphonie cellulaire, de radio et de télévision." Selon eux, cette stratégie a pour but d'amener "le chaos" et "l'impunité". "En l'absence d'informations provenant d'une ville, d'images de bâtiments démolis et d'enfants mourants, les forces russes pouvaient faire ce qu'elles voulaient. Sans nous, il n'y aurait rien", ajoute-t-il.

Ensuite, ils ont raconté comment ils sont parvenus à partir. "Nous avons couru pendant neuf, peut-être dix minutes. Une éternité à travers les routes et les immeubles bombardés. Alors que les obus s'écrasaient à proximité, nous nous sommes laissés tomber au sol. Nous mesurions le temps en fonction des différentes explosions. Nos corps étaient tendus et notre souffle retenu. Onde de choc après onde de choc, ma poitrine était secouée et mes mains sont devenues froides."

Finalement, ils atteignent une entrée où des voitures blindées les ont amenés vers un sous-sol. A cet instant, il comprend pourquoi les militaires ont pris de tels risques pour les faire sortir. "S'ils vous attrapent, ils vous filmeront et ils vous feront dire que tout ce que vous avez vu est un mensonge. Tous vos efforts et tout ce que vous avez fait à Marioupol seront vains", leur disent les combattants ukrainiens. "L'officier nous a tout de même suppliés de dévoiler au monde sa ville mourante. Il nous a poussés vers des milliers de voitures cabossées qui s'apprêtaient à quitter Marioupol."

Désormais, les deux journalistes ont donc été exfiltrés. Selon eux, il n'y a donc plus aucun média sur place.