Le scrutin présidentiel 2022 a donc livré son verdict, conforme au scénario le plus largement prédit : Emmanuel Macron, avec 58,5% des suffrages, a été reconduit pour un second quinquennat. Si le président sortant a conquis moins de voix qu'en 2017, il a rassemblé de manière finalement assez confortable que pour faire perdre Marine Le Pen (Rassemblement National), qui augmente néanmoins son score de près de 8 points (33,9% en 2017 contre 41,5% en 2022) et porte l'extrême-droite à son niveau le plus haut jamais atteint en France.

Si les législatives (communément appelées le "troisième tour de l'élection présidentielle") des 12 et 19 juin constituent l'échéance politique la plus immédiate à venir dans l'Hexagone, il y a déjà lieu de se projeter au-delà du quinquennat Macron II. D'ici cinq ans, tout reste bien entendu possible. Mais des paramètres majeurs, et inamovibles, sont d'ores et déjà acquis.

Primo, Emmanuel Macron, qui aura alors 49 ans, ne sera pas de cette bataille-là. Il est interdit à un président ayant enchaîné deux mandats d'affilée de concourir pour un troisième. Deuzio, si elle se conforme à ses propres propos (elle avait déclaré au JDD : "Si je ne suis pas élue, a priori, je ne me représenterai pas"), Marine Le Pen, défaite par deux fois au scrutin suprême, ne devrait "sans doute pas" se représenter dans cinq ans - cela ne signifie aucunement qu'elle quitte la politique. La question se pose donc déjà, en filigrane de cette présidentielle 2022 et à l'aune de ce que la campagne a révélé : qui porteront les candidatures de La République en Marche, du Rassemblement National mais aussi de La France Insoumise dans cinq ans ?

La réponse, à ce stade, a pour point commun la jeunesse : Gabriel Attal, 33 ans, porte-parole du gouvernement, pourrait incarner l'avenir de la Macronie, pour peu que la Macronie survive sans Emmanuel Macron. Au RN, c'est Jordan Bardella, président du parti par Intérim, 26 ans à peine, qui porte les plus grands espoirs de régénération du parti d’extrême-droite. Quant à celui qui est appelé à s'inscrire dans les pas de Jean-Luc Mélenchon, Adrien Quatennens semble tenir la corde.

Passage en revue de trois candidats possiblement acteurs d'un scrutin déjà très commenté, où Edouard Philippe (Horizons) devrait également jouer un rôle majeur.

Macronie : Gabriel Attal... ou Julien Denormandie ?

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C'est peut-être l'un des points noirs de ces cinq années de Macronisme. Au-delà du président jupitérien, peu de visages neufs portant son projet ont brisé la coquille. Les personnalités les plus en vue de LREM sont Bruno Le Maire et Gérald Darmanin (deux ex-UMP, parfaitement rodés à l'exercice politique) ou Eric Dupond-Moretti (ex-ténor devenu Ministre de la Justice). Mais un homme, partie intégrante du cercle de proches d'Emmanuel Macron, a incontestablement pris de l'épaisseur durant ce quinquennat : Gabriel Attal. 33 ans à peine, une tête bien faite et déjà une responsabilité majeure : il est le porte-parole du gouvernement Castex.

Avant cela, il fut député, porte-parole de LREM et par deux fois Secrétaire d'Etat. Pas dit toutefois qu'il puisse sauter la marche de suite, sans passer par la case ministère... Les semaines et mois à venir seront à coup sûr déterminants.

Ex-militant PS, Gabriel Attal a été en couple avec la chanteuse Joyce Jonathan. Il est aujourd'hui pacsé avec le député européen Stéphane Séjourné. Il avait révélé son homosexualité après que des allusions à sa vie privée et à son couple circulaient à l’Assemblée, notamment.

Mais au-delà de Gabriel Attal, Macron aurait dans ses petits papiers un autre nom pour préparer l'après : celui de Julien Denormandie. Ayant rejoint La République en marche dès ses débuts, Julien Denormandie, 41 ans, fidèle de Macron, a été nommé ministre du Logement en 2018, avant d'être promu ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation en 2020. Son nom circule déjà pour être le potentiel Premier Ministre de l'ère Macron II. Un marchepied pour acquérir l'expérience requise avant de candidater à l'élection suprême ? Le scénario n'est pas improbable. Denormandie affiche au compteur 8 ans de plus que Gabriel Attal, un paramètre qui pourrait compter.

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Rassemblement National : Jordan Bardella, la relève passera forcément par lui

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Au Rassemblement National, les choses ont le mérite de davantage de clarté. Marion Maréchal ayant rejoint Zemmour, Florian Philippot étant définitivement out, en ce 25 avril 2022, les deux candidats RN potentiels qui se dégagent pour 2027 sont d'une part... Marine Le Pen si elle revient sur sa parole et n'est pas échaudée par cette seconde défaite consécutive au second tour. Et d'autre part, Jordan Bardella, 26 ans à peine, qui a crevé l'écran durant cette campagne, même les plus rétifs aux idées de l'ex-parti frontiste le concèdent.

Issu des quartiers (il est né à Drancy, où a grandi un certain Eric Zemmour) et d'un milieu modeste, petit fils d'immigrés, il adhère au FN en 2012, à l’âge de 16 ans. Il indique avoir pris sa carte "pour Marine Le Pen plus que pour le Front national". Il s'inscrit parfaitement dans le virage socio-économique plus égalitaire que le RN a entrepris il y a quelques années déjà. Précoce et brillant, il a cinq ans pour muscler sa stature. Mais si le RN veut poursuivre le lissage de son image, Bardella a des atouts.

Il permettrait au RN de prendre ses distances avec le nom (la marque ?) Le Pen, déchu huit fois dans la course présidentielle (Jean-Marie Le Pen fut cinq fois candidat, Marine trois). Pour autant, Bardella n'est pas fort loin de la dynastie Le Pen : il a ses aises dans l'antre familial de Montretout, puisqu'il est en couple avec Nolwenn Olivier, nièce de Marine Le Pen...

France Insoumise : Adrien Quatennens, la relève mélenchoniste

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Bras droit de Jean-Luc Mélenchon, le député a été fortement exposé lors de cette élection présidentielle. Le troisième homme du scrutin 2022, 70 ans aujourd'hui (et qui appelle les Français à l'élire Premier ministre), ne sera plus de la bataille présidentielle de 2027. Et Adrien Quatennens semble le mieux indiqué pour se présenter. Ce grand fan de rock de 31 ans (batteur et fondu de Nirvana, Noir Désir et surtout Johnny Hallyday), Lillois de naissance, est un pur produit de la génération Mélenchon.