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Après avoir vivement contesté le remboursement de 300.000 euros qui lui est imposé, Marine Le Pen a finalement décidé de ne pas payer cette somme.

"Je ne me soumettrai pas à la persécution", a-t-elle déclaré à Reuters. Elle a jusqu'à ce mardi minuit pour payer son dû faute de quoi elle pourrait perdre la moitié de son salaire, ses indemnités journalières et la totalité de ses frais généraux

"Je me battrai, je suis convaincue que je gagnerai contre le Parlement européen. (Il) a agi en violation de toutes les règles de l'Etat de droit et du droit français", avait accusé la présidente du Front national lors d'une conférence de presse à Denain (Nord) vendredi dernier.

Des assistants payés par l'Europe alors qu'ils travaillaient pour le FN

Le parlement européen a envoyé à Marine Le Pen deux lettres de recouvrement lui réclamant près de 340.000 euros, estimant que l'eurodéputée française avait perçu ces sommes pour rémunérer deux assistants qui n'auraient travaillé que pour son parti, selon une source parlementaire.

- 300.000 euros lui sont réclamés pour Catherine Griset qui était accréditée au parlement européen pendant plusieurs années mais en réalité ne travaillait pas dans les locaux de l'institution, a expliqué la source.

- 40.000 euros supplémentaires lui sont exigés pour avoir engagé son garde du corps comme assistant parlementaire.

"Le parlement, de manière parfaitement unilatérale, sans s'être justifié sur les raisons de cette décision, a décidé de réclamer le remboursement du salaire de mon assistante (Catherine Griset), qui travaille, elle", a déclaré Mme Le Pen, une allusion à l'enquête en cours en France sur des soupçons d'emploi fictif visant l'épouse de l'homme fort de la droite française, François Fillon.

Pour Mme Le Pen, il est reproché à Mme Griset, employée comme assistante accréditée, de n'avoir "pas assez" été au parlement européen. "C'est quoi assez?", s'est-elle moquée.

Marine Le Pen s'est aussi indignée que le recouvrement lui soit demandé "sans que la justice ait eu à se prononcer" sur cette affaire qui touche d'autres eurodéputés de son parti.

Pour Marine Le Pen, il s'agit d'"une décision politique de la part du parlement européen qui n'est pas une administration mais un organe politique" (...). "Nous sommes jugés par des gens qui sont nos adversaires politiques", a-t-elle encore critiqué.

Edit : Pas une attaque contre le FN, mais bien le remboursement d'un dû

Le parlement européen n’est pas habilité à s’exprimer sur cette affaire présentée devant la justice française depuis la mi-décembre. Il contextualise néanmois la version des faits telle que décrite par la présidente du Front national et détaille à La Libre la nature de la demande de remboursement.

“Une enquête a débuté en 2011-2012, menée par l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf), le gendarme européen”, explique une source proche de l’institution. “L’enquête a été clôturée cet été mais elle n’est donc pas de l’initiative du Parlement. Sa conclusion est que l’enveloppe reçue par Mme Le Pen pour financer ses assistants a été dépensée de façon non correcte. Le garde du corps de Mme Le Pen n’est par exemple jamais venu... alors qu'il est son garde du corps !”

De plus, quand Mme Le Pen estime que la demande de remboursement bafoue l’état de droit car elle a eu lieu avant toute décision de la justice, c’est également incorrect: “Mme Le Pen a eu, à plusieurs reprises, l’occasion de s’exprimer, elle a été entendue par l’Olaf”.

Le contexte permet de réaliser qu’il ne s’agit, en aucun cas, d’une attaque politique: elle n’est pas la seule à se faire remonter les bretelles. “Chaque année, un audit sert à éplucher les dépenses pour les contrats parlementaires. En 2015, par exemple, 109 cas ont été interpellés par l’administration pour des questions de remboursements. 96 des 109 députés ont payé leur dû. Ce n’est pas une attaque contre le FN. Ce n’est pas politique, c’est juste purement administratif.”