"Je ne suis pas à la recherche de la lumière médiatique", avait déclaré jeudi la candidate à l'Elysée en marge d'un déplacement en Moselle, dans une allusion à Eric Zemmour qui écume les plateaux télévisés sans cacher ses ambitions présidentielles mais sans s'être déclaré candidat.

Après une visite sur le marché d'Hayange, ville tenue par le Rassemblement national, et avant une rencontre à huis clos avec des habitantes en quête de logement social, Mme Le Pen a défendu son "agenda" qui consiste à aller "sur le terrain" pour proposer aux Français "des solutions" comme la "priorité nationale" au logement ou défendre le pouvoir d'achat, sur lequel le RN organise samedi une journée d'action.

La dirigeante d'extrême droite dit s'inscrire dans la "persévérance" et "la modestie qui consiste à aller sur les marchés". "Désolée de ne pas représenter la nouveauté, moi je représente la persistance, la pugnacité, le temps long", a-t-elle fait valoir.

"Un second tour n'est jamais joué. Mais je n'ai pas d'inquiétude, j'ai la certitude que nous allons gagner", a assuré Mme Le Pen.

"Euphémisé"

"L'important, c'est d'avoir les réponses, aujourd'hui (Eric Zemmour) ne les a pas", a jugé vendredi le porte-parole du RN Sébastien Chenu sur France 2, au lendemain d'un débat télévisé entre le polémiste et le leader des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, qui a attiré 3,81 millions de télespectateurs.

Marine Le Pen a pourtant nettement reculé depuis l'été dans les intentions de vote au premier tour de la présidentielle, à 18-20% selon les sondages, face à Eric Zemmour donné à 10-11%, qui mord surtout sur l'électorat du RN mais aussi sur celui de la droite classique.

Pour Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l'innovation politique, Mme Le Pen "a tort" de ne pas s'inquiéter de M. Zemmour, qui lui prend des voix et "renvoie à la version historique du Front national, celle du père Jean-Marie Le Pen" avec un discours "en rupture avec les conventions rhétoriques". Son propos peut séduire une partie des électeurs RN, "dépossédés de thèmes qui leur sont chers" dans le message "euphémisé" de Marine Le Pen, a-t-il expliqué sur LCI.

"Je ne m'aventurerai pas à dire que le scénario du deuxième tour est joué", a également prévenu jeudi Marion Maréchal, la nièce de Marine Le Pen, qui participe à Budapest à une conférence de la droite conservatrice et identitaire, où devait aussi s'exprimer vendredi M. Zemmour.

Orban

L'ancienne députée FN a refusé de dire si elle soutiendrait sa tante ou le polémiste si ce dernier se présentait.

En désaccord avec Marine Le Pen, Marion Maréchal est proche de M. Zemmour. Tous deux, plus libéraux sur le plan économique et plus radicaux sur l'immigration, plaident pour une "alliance entre les classes populaires et la bourgeoisie patriote", a redit à Budapest M. Zemmour.

Marion Maréchal viendra écouter le polémiste à la conférence à Budapest, où les deux figures d'extrême droite ont été reçues par Viktor Orban. Après sa rencontre avec le Premier ministre hongrois ultra-conservateur, Eric Zemmour a dit "admirer sa résistance à l'air du temps, aux pressions en tous genres, de la Commission, des Allemands, d'Emmanuel Macron".

Les relations entre M. Orban et Marine Le Pen sont plus complexes. Le dirigeant hongrois ne voulait pas s'afficher avec Marine Le Pen tant qu'il faisait partie du groupe PPE (droite) au Parlement européen --le RN fait partie du groupe ID-- mais il s'est clairement rapproché de l'extrême droite ces derniers mois.

La candidate française a assuré qu'elle rencontrerait M. Orban "dans les semaines qui viennent", "probablement en Hongrie".

Elle a rappelé avoir publié en juillet, avec une quinzaine d'alliés en Europe, dont M. Orban, une "déclaration commune" en vue d'une alliance au Parlement européen pour "réformer l'Europe".