Origines 

Selon la criminologue Anna Sergi de l'Université britannique d'Essex, le nom serait d'origine grecque, le mot "andranghateia" se référant à "un groupe d'hommes d'honneur" et le mot "andrangatho" signifiant "exécuter une action militaire".

La 'Ndrangheta n'est considérée comme une mafia dans la loi italienne que depuis 2010, mais ses origines remontent au moins à l'unification de l'Italie en 1861.

Elle s'est fait connaître dans les années 1980 et 1990 par une série d'enlèvements. Elle est soupçonnée notamment du rapt dans les années 70 à Rome du petit-fils du magnat américain du pétrole Jean Paul Getty.

La couleur de l'argent 

Personne ne sait exactement quels sont les effectifs, mais selon la justice italienne, elle compte au moins 20.000 membres dans le monde.

Selon le magistrat Roberto di Bella, la 'Ndrangheta est l'organisation criminelle "avec le plus de ramifications et présente sur les cinq continents".

Le procureur italien Nicola Gratteri, qui siège à Catanzaro, l'un des fiefs de la 'Ndrangheta en Calabre, une des régions les plus pauvres d'Italie, estime son chiffre d'affaires annuel à 50 milliards d'euros, en grande partie tiré du trafic de cocaïne.

Fond de commerce 

La 'Ndrangheta "s'occupe du trafic international de drogue et des activités typiques des organisations criminelles, les règlements de compte, l'extorsion, le trafic illégal de déchets, le blanchiment d'argent", explique Roberto di Bella à l'AFP.

Ce qui la différencie des autres mafia est sa structure familiale, "ce qui la rend très fiable car il y a peu de repentis".

"L'énorme flux d'argent qui arrive de la drogue permet à la 'Ndrangheta de tout acheter, les commerces, les restaurants, d'empoisonner l'économie non seulement de l'Italie mais de tant d'autres pays du monde", ajoute M. di Bella.

Elle prospère aussi dans le BTP, fait main basse sur les fonds européens et même les contrats de pompes funèbres en pleine pandémie.

Massacre en Allemagne 

Un épisode sanglant en Allemagne a projeté la 'Ndrangheta sur le devant de la scène: en août 2007, les corps de six Italiens, âgés de 16 à 39 ans et membres d'un des deux clans mafieux de la localité calabraise de San Luca, sont découverts criblés de balles dans deux véhicules devant le restaurant italien "Da Bruno" à Duisbourg.

Ce massacre était, selon les enquêteurs, une "vendetta" après l'assassinat fin 2006 de Maria Strangio, épouse de Giovanni Nirta, chef du clan rival.

Maxi-procès 

Des centaines de membres présumés de 'Ndrangheta calabraise sont jugés à partir de cette semaine dans le cadre d'un "maxi-procès" qui devrait durer plus de deux ans.

Au total, 355 accusés - parmi lesquels des dirigeants politiques, des fonctionnaires des policiers et des hommes d'affaires -, 900 témoins et 400 avocats seront entendus dans une enceinte agencée spécialement.

Quelque 58 témoins à charge ont accepté de briser l'omerta, la loi du silence, pour révéler les secrets du clan Mancuso et de ses associés.

Par ses proportions, ce procès n'est dépassé que par le premier maxi-procès de 1986-1987 à Palerme contre la Cosa Nostra sicilienne, à l'issue duquel 338 accusés furent condamnés. Les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino furent ensuite assassinés par la mafia.