Le nouveau pouvoir évoque des menaces d'arrestation

BELGRADE Les réformistes de Vojislav Kostunica, forts de leur victoire aux élections législatives de Serbie, ont commencé à déloger de la hiérarchie militaire les hauts responsables mis en place par Slobodan Milosevic et menacent directement l'ancien président de poursuites judiciaires.

Au cours d'une réunion lundi à Belgrade, le Conseil suprême de défense, la plus haute juridiction fédérale en matière de sécurité, a décidé de limoger trois des officiers yougoslaves en charge de secteurs clés au Monténégro.

Le Conseil suprême de défense s'est réuni au lendemain du triomphe de l'Opposition démocratique de Serbie (DOS), la coalition de M. Kostunica dix-huit partis , qui a raflé plus des deux tiers des sièges du parlement de Serbie, 176 sur un total de 250, lors des élections législatives de samedi.

Cette réunion a donné l'occasion au président du Monténégro, Milo Djukanovic, d'effectuer sa première visite à Belgrade depuis son accession au pouvoir en janvier 1998.

Le Monténégro, qui compose depuis 1992 avec la Serbie la République fédérale de Yougoslavie (RFY), avait des relations détestables avec l'ancien régime de M. Milosevic, et ses dirigeants affichaient de plus en plus leur volonté de se diriger vers l'indépendance.

Depuis l'accession à la présidence yougoslave de M. Kostunica, le 7 octobre, les relations Belgrade-Podgorica se sont améliorées, bien que M. Djukanovic n'ait pas reconnu formellement la nouvelle autorité fédérale.

Selon le quotidien Pobjeda, le chef de l'état-major de l'armée yougoslave, le général Nebojsa Pavkovic, a par ailleurs ordonné le démantèlement du 7e bataillon, une unité de la police militaire yougoslave particulièrement redoutée, installée par M. Milosevic au Monténégro.

Cette purge à la tête de l'armée yougoslave au Monténégro coïncide avec une multiplication de déclarations de responsables réclamant des poursuites judiciaires contre des membres de l'ancien régime ayant abusé de leur position au cours des dernières années, dont M. Milosevic.

Le futur premier ministre de Serbie, Zoran Djindjic, a déclaré ce week-end qu'une procédure judiciaire pourrait être engagée dès le mois de janvier contre M. Milosevic, d'abord pour corruption et peut-être, ultérieurement, pour crimes de guerre.

M. Milosevic est déjà inculpé par le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye pour crimes de guerre au Kosovo, mais Belgrade préfère qu'il soit traduit en justice en Serbie.

Le ministre fédéral des Affaires étrangères, Goran Svilanovic, a estimé la semaine dernière dans un entretien avec l'AFP que l'ancien président devrait comparaître devant la justice serbe `aussitôt que possible ´.

Les autorités de la Fédération yougoslave et de Serbie restent cependant très réticentes à l'idée d'extrader devant le TPI M. Milosevic et quatre autres personnalités yougoslaves, également inculpés par la justice internationale. Vladan Batic, pressenti pour occuper le poste de ministre de la Justice de Serbie, a ainsi déclaré: `Les gens qui ont du sang sur les mains n'ont pas droit à l'amnistie ´.