Chris Cillizza, contributeur politique américain pour la chaîne d'information télévisée CNN, analyse l'omnipotence républicaine de Donald Trump avant les élections de mi-mandat de 2022. En titrant son papier "Mitch McConnell essaie de sauver les Républicains de Donald Trump et il n'y parvient pas", le commentateur donne le ton.

Souvent, Mitch McConnell, leader de la minorité au Sénat, pèse ses mots. C'est calculé. C'est réfléchi. Alors Chris Cilliza a pris le temps de réécouter l'interview que le politique a accordée à la chaîne de télévision. Deux éléments reviennent : l'omniprésence de Donald Trump et ses inquiétudes pour les "midterms" de 2022. Moment crucial de la démocratie américaine, les "midterms" sont des élections qui concernent les deux chambres du Congrès des États-Unis. Elles se tiennent au milieu du mandat du président des États-Unis et renouvellent les 435 sièges de la Chambre des représentants et environ un tiers des sièges du Sénat, qui compte 100 membres. Cela a de grandes implications pour les politiques dont les postes sont en jeu. Mais surtout, au-delà des objectifs personnels, le contrôle de chaque chambre du Congrès peut changer.

Pour Mitch McConnel, il est évident qu'on ne gagne pas une future élection en ressassant le passé, ni en se basant sur des dires non-avérés. C'est même la méthode la plus sûre de perdre aux urnes, selon lui. Les élections se jouent avec les programmes et les visions des candidats, pas avec des accusations et des reproches. Si Donald Trump clame toujours que la dernière élections présidentielle lui a été volée, il n'y a à ce-jour aucune preuve de fraude. "Il est important que les candidats se souviennent que nous devons respecter les résultats de notre processus démocratique, à moins que le système judiciaire ne démontre qu'une fraude importante a eu lieu, ce qui changerait le résultat", appelait le chef de fil républicain. Et pourtant.

Nombreux candidats républicains au Sénat soutiennent les théories complotistes de Trump sur les élections de 2020. Une manière de s'assurer le soutien de la base du GOP, le parti républicain.

Josh Mandel, le favori républicain dans la course au Sénat de l'Ohio, avait déjà déclaré l'année dernière qu'il croit que l'élection a été volée à Donald Trump. "Je vais être attaqué par mes adversaires et par la presse pour l'avoir dit, mais je le crois donc je le dis", avait-il lancé. Son adversaire dans l'Ohio, le jeune auteur JD Vance, estime pour sa part que "des personnes ont certainement voté illégalement à grande échelle."

Dans le Missouri, le candidat Eric Greitens semble mener la danse républicaine qui mène au Sénat. En visite en Arizona lorsqu'un audit du vote présidentiel était en cours, il a soutenu à sa manière les allégations de triche de Trump. "Nous devons avoir des audits dans tout le pays parce que nous devons retrouver l'intégrité des élections", a-t-il plaidé.

Face à lui dans le Missouri, Billy Long. L'homme a récemment publié une publicité où "les démocrates ont truqué l'élection. Maintenant, nous avons Biden et les fous d'extrême-gauche qui laissent l'inflation augmenter."

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Puis il y a les candidats qui ont voté contre la certification des résultats du collège électoral le 6 janvier 2021 et qui de facto ont le soutien direct du 45ème président des Etats-Unis. Il y a le représentant Ted Budd en Caroline du Nord et Mo Brooks en Alabama.

Pour le commentateur politique Chris Cillizza, les Républicains en quête d'un siège et de responsabilités doivent poser un choix. "Soutenir le gros mensonge est devenu une sorte de test décisif au sein du parti républicain. Si vous dites que l'élection de 2020 a été volée, vous êtes immédiatement identifié comme un Trumpiste", écrit-il dans les colonnes de CNN. "Si vous vous rangez du côté des faits et rejetez le récit de l'élection volée, vous risquez d'être étiqueté comme un RINO ("Republican in Name Only") qui sera la cible de l'ancien président."

McConnell risque de devoir souquer sérieusement pour changer la dynamique enclanchée au sein de son parti. Si ce n'est pas déjà trop tard. "C'est la dure réalité politique à laquelle McConnell est confronté. Il peut parler toute la journée de la nécessité de "respecter les résultats de notre processus démocratique", mais la vérité est qu'un grand nombre de candidats républicains au Sénat se sont déjà ralliés au grand mensonge", note Chris Cillizza. "Et McConnell ne les fera pas changer d'avis."