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Des bouteilles d'acide ont été lancées par des manifestants contre les forces de l'ordre lors de la manifestation samedi à Nantes à la mémoire de Rémi Fraisse durant laquelle 16 personnes ont été interpellées et deux policiers blessés,a affirmé le préfet de Loire-Atlantique.

"Les manifestants ont lancé des bouteilles remplies d'acide sur les forces de sécurité", a déclaré M. M. Henri-Michel Comet. "Un policier a été blessé par l'une de ces bouteilles", a-t-il précisé lors d'un point-presse. Le policier a été touché à la main par cette bouteille, selon une source préfectorale.

"Deux policiers (au total, ndlr) sont blessés, seize manifestants ont été interpellés, et en ce moment même des groupes violents, depuis plus de deux heures, cherchent l'affrontement", a poursuivi le préfet.

Les manifestants "ont également jeté des projectiles de toute nature, dont des projectiles contondants, des pavés. Donc, c'est très difficile pour les forces de l'ordre et je salue leur maîtrise d'elles-mêmes dans ce contexte d'affrontements délibérés", a-t-il dit.

"Rien ne peut justifier ce type de comportement et j'en appelle trés vigoureusement au calme, pour toutes les parties (...) Je souhaite que cette manifestation s'achève dans les plus brefs délais", a ajouté M. Comet selon lequel "environ 400" policiers et gendarmes sont mobilisés.

Au moins cinq manifestants ont également été blessés, selon les constatations de journalistes de l'AFP.

Peu après 18h, les forces de l'ordre ont évacué le carrefour des 50 otages où se déroulaient les heurts depuis plus de deux heures, repoussant les manifestants vers le sud de ce boulevard, principale artère de la ville.

Mais les tensions se poursuivaient toujours 500 m plus bas vers 18h30. Des grenades de gaz lacrymogènes etaient tirées pour tenter de disperser les manifestants qui continuaient à faire face aux forces de l'ordre au milieu de nombreux badauds.

Echauffourées et interpellations à Toulouse

Au moins huit personnes ont été interpellées, samedi dans le centre de Toulouse, durant les échauffourées ayant suivi une manifestation de 600 personnes contre "les violences policières" et "en mémoire de Rémi Fraisse", mort sur le site du barrage contesté de Sivens, selon un bilan provisoire de la préfecture.

A 19H00, les autorités recensaient "un blessé léger" parmi les 300 policiers et gendarmes mobilisés.

"Deux groupes" restaient "virulents" dans le centre-ville très fréquenté le samedi soir. Certaines stations de métro avaient été fermées.

"Après une manifestation ayant commencé dans le calme et regroupant 600 personnes environ sur la place du Capitole, certains manifestants ont fait mouvement et s'en sont pris aux forces de l'ordre en différents points du centre-ville de Toulouse", a relaté la préfecture de Midi-Pyrénées dans un communiqué.

"Du mobilier urbain a été dégradé, deux vitrines d'établissements bancaires ont été brisées", selon la même source.

Dans le quartier Esquirol, plusieurs dizaines de jeunes se sont montrés décidés à en découdre. Un abribus a été cassé, une agence bancaire saccagée et des distributeurs automatiques ont été défoncés à coups de masse, a constaté un journaliste de l'AFP.

En différents points du centre, des jeunes gens, le visage parfois masqué, ont harcelé les CRS en leur lançant des invectives et en jetant des canettes de bière ou des pierres, et incendié des conteneurs à ordures. Les forces de l'ordre les poursuivaient dans les rues. Quand elles chargeaient, elles faisaient usage de gaz lacrymogènes et parfois de grenades assourdissantes.

En ce samedi de vacances scolaires, les échauffourées ont souvent eu lieu au milieu des passants.

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Vers 19H00, aux abords de la place Wilson, des CRS affrontaient encore des jeunes gens très mobiles, sous le projecteur d'un hélicoptère survolant la zone.

Boulevard Carnot, un jeune qui venait de jeter un pavé sur un policier en civil, casqué, a d'abord été pris en chasse par des badauds. Il a été interpellé par les forces de l'ordre, aussitôt invectivées et traitées d'"assassins".

A partir de 15H00, les manifestants "en mémoire de Rémi Fraisse" avaient d'abord été 600 à se rassembler dans le calme, contenus sur la place du Capitole par des dizaines de policiers. Puis les forces de l'ordre avaient tiré quelques grenades lacrymogènes quand le cortège avait tenté de quitter la place.

"Toulouse debout, un camarade est mort", avaient crié des manifestants à l'issue du rassemblement, le plus important dans la ville rose depuis la mort dimanche de Rémi Fraisse, 21 ans, sur le site du projet contesté de barrage-réservoir de Lisle-sur-Tarn.

Des élus écologistes de la Région Midi-Pyrénées s'étaient joints à la manifestation, pour demander "l'abandon" du projet de retenue d'eau.

Vers 18H00, à moins de 300 mètres des lieux des échauffourées, plus de 300 manifestants s'étaient encore regroupés pour un sit-in pacifique sur la voie publique.


Valls condamne les violences "insulte à la mémoire de Rémi Fraisse"

Manuel Valls a condamné "avec fermeté" les violences commises lors de manifestations samedi à Nantes et Toulouse, les qualifiant d'"insulte à la mémoire de Rémi Fraisse".

Dans un communiqué, le Premier ministre "condamne avec fermeté les déchaînements de violence délibérée constatés cet après-midi à Nantes et à Toulouse". Il cite notamment "des actes graves de dégradations de biens publics et privés, des incendies volontaires et des jets de projectiles dangereux".

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"Une nouvelle fois, comme cela s'est déjà produit à Sivens ces dernières semaines, des policiers et des gendarmes, agents du service public, ont été directement visés par des cocktails molotov et des jets d'acide susceptibles de causer des blessures graves", déclare M. Valls, en saluant "la maîtrise professionnelle des forces de sécurité".

"Ces comportements anti-démocratiques bafouent le droit légitime des manifestants pacifiques de s'exprimer sur le territoire national et sont une insulte à la mémoire de Rémi Fraisse", déclare-t-il.

"Alors même que les services de l'Etat coopèrent pleinement avec la justice dans l'enquête (sur la mort du jeune homme, ndlr), aucun recours à la violence, ni aucune atteinte à l'ordre républicain ne seront tolérés. La justice sera saisie de chaque acte de violence", annonce-t-il.