Ancien secrétaire de Jean Moulin devenu marchand d’art réputé après la guerre, le compagnon de la Libération Daniel Cordier, mort vendredi à l’âge de 100 ans, est l’un des tout premiers Français à avoir rallié les Forces françaises libres en juin 1940.

Né le 10 août 1920 à Bordeaux, le jeune militant maurrassien et monarchiste est sur le point d’être incorporé dans l’armée lorsque le maréchal Pétain annonce l’armistice. Révolté par ce discours, il décide de rallier sur-le-champ les Forces françaises libres (FFL).

Il embarque le 21 juin 1940 à Bayonne, direction Londres.

"Je suis le fils de la guerre de 1914. Mon enfance, ce sont les monuments aux morts, les mutilés, etc. Alors, en 1940, quand la France a perdu la guerre qu’elle avait gagnée vingt ans plus tôt, ça a été pour moi insupportable", expliquait Daniel Cordier.

À l’été 1941, il est nommé au service "Action" du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), les services secrets des FFL, et suit pendant un an un entraînement spécial sur le sabotage, la radio, les atterrissages et parachutages.

Parachuté en France occupée, en juillet 1942, près de Montluçon, il devient le secrétaire de Georges Bidault, responsable de l’agence de presse clandestine de la Résistance.

Très vite, il rencontre à Lyon Rex, alias Jean Moulin, représentant du général de Gaulle et délégué du Comité national français, qui l’engage pour organiser son secrétariat à Lyon.

Daniel Cordier est alors le témoin privilégié des immenses difficultés rencontrées par Rex pour unifier la Résistance. Il restera son bras droit jusqu’à l’arrestation de Jean Moulin en juin 1943. Il ne connaîtra son véritable nom qu’en octobre 1944.

Après l’arrestation de Rex, il poursuit sa mission en zone nord auprès de Claude Bouchinet-Serreulles, successeur par intérim de Jean Moulin, avant de rejoindre Londres en mai 1944 et continue de travailler pour le BCRA.

Daniel Cordier, qui a abandonné ses idées d’extrême-droite pour devenir socialiste humaniste, restera longtemps silencieux sur cette période.

Initié à la peinture par Jean Moulin, dessinateur confirmé, il commence une carrière d’artiste et de collectionneur (Braque, Soutine, Rouault, de Staël et beaucoup d’autres). De 1956 à 1964, il tient une galerie à Paris qui lancera de nombreux artistes.

Il a fait don de centaines d’œuvres au Musée Georges-Pompidou.

À la fin des années 70, furieux des accusations selon lesquelles Jean Moulin aurait été un agent cryptocommuniste, ce compagnon de la Libération entreprend des recherches pour défendre son œuvre et sa mémoire.

En 1983, il publie "Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon", une colossale biographie en trois tomes de l’illustre résistant.