Monde En Tunisie, où l'homosexualité peut mener à une peine de prison, un avocat pro-LGBTQ+ a décidé de faire porter sa voix.

Mounir Baatour, 48 ans, est co-fondateur de l'association Shams, qui soutient la dépénalisation de l'homosexualité en Tunisie. Là-bas, l'État offre un ticket de trois années en prison à toute personne qui entretient une relation avec un individu de même sexe. Exit la Déclaration universelle des droits de l'Homme. C'est l'article 230 du code pénal, instauré au 1913 et jamais abrogé, qui prime. D'ailleurs, en 2013, Mounir Baatour en a fait les frais. " J'étais surveillé et notoirement connu comme homosexuel. La police le savait déjà sous Ben Ali. Ils ont profité du fait que j'avais un copain permanent. Nous étions dans un café, ils ont simulé un contrôle d'identité. Ils l'ont emmené au poste et l'ont torturé. Ils lui ont demandé la nature de la relation qu'il entretenait avec moi. Il a tout avoué", confie-t-il à nos confrères de Slate .

C'était plié. Cinq jours de garde à vue, un mandat de dépôt, deux mois et demi d'instruction et... une condamnation à trois ans de prison. Un séjour en enfer décrit non sans émotion par l'avocat tunisien: "Ce sont des conditions très difficiles. C'est une angoisse, une humiliation très grave. J'entendais: “Ah voilà l'avocat pédé.” Une expérience durant laquelle il développe une addiction féroce pour le tabac - sOn majeur jauni par la cigarette en témoigne. Durant cette sombre période, il crée surtout l'association Shams, première organisation tunisienne qui milite pour la cause LGBTQ+.

Pourquoi faire? Changer les choses. Que les arrestations cessent. Que les homosexuels puissent aimer qui ils veulent sans aller en prison. "Criminaliser quelqu'un pour son identité sexuelle, cela relève du Moyen Âge", disait Mounir au Point en janvier dernier. "Chaque personne qui a l'air trop efféminé – piercing, jean serré, sourcils épilés, autant de signes jugés ostentatoires d'une homosexualité – en subit les conséquences (...) Parfois, au lieu de les arrêter, on donne carte blanche à la police pour leur casser la gueule. J'ai l'impression qu'il y a des consignes du ministère de l'Intérieur pour 'nettoyer' le centre-ville de Tunis", poursuivait-il.

Conscient de l'attraction médiatique que suscitera sa candidature à la présidence tunisienne, Mounir Baatour n'a pas hésité une seconde: "J'ai choisi la présidentielle parce qu'il y a plus de lumière sur cette élection et qu'elle portera davantage ma voix. Elle va me permettre d'imposer beaucoup de choses dans le débat. J'ai besoin que les idées que je défends, celle des libertés individuelles et de l'égalité entre les sexes, soient débattues. Je veux mettre chaque candidat devant ses responsabilités sur ces sujets de société", explique l'homme de 48 ans à Slate.

Le dépôt officiel aura lieu le mercredi 7 août, depuis qu'il a récolté les 10.000 signatures nécessaires. "Ma candidature a suscité beaucoup d'enthousiasme, beaucoup de soutiens", se réjouit l'avocat. Ce dernier profite de chaque interview de média étranger, qu'il expose en vitrine sur les réseaux sociaux. Pourtant, son élection est hors d'atteinte. Les chiffres sont sans appel: 7% de la population tunisienne estime que l'homosexualité est "acceptable", révélait un sondage de la BBC en juin.

Le Parti libéral tunisien, auquel Mounir Baatour est affilié, n'apparaît pas parmi les premières intentions de vote recensées dans le pays. En 2011, M. Baatour s'était déjà soumis au vote de l'électeur, lors du scrutin de l'Assemblée nationale constituante. Avec pour résultat un échec cuisant. S'il échoue à l'issue du premier tour, comme les sondages le pressentent; le candidat devrait annoncer son ralliement à un autre candidat, le plus proche de son programme.