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Une quarantaine de corps ont été trouvés dans l'épave de l'embarcation de migrants qui a fait naufrage jeudi près de Lampedusa, portant le bilan à plus de 130 morts, a indiqué l'agence Ansa, citant des sources des garde-côtes. 

Au moins 40 cadavres ont été découverts par des plongeurs dans et autour de l'embarcation qui gît retournée à une quarantaine de mètres de profondeur, à environ 500 mètres de la côte.

"C'est une horreur, une horreur; ils n'arrêtent pas d'apporter des corps", a déclaré en pleurs la maire de Lampedusa, Giusi Nicolini, qui a déploré aussi la mort de femmes et d'enfants. Selon Pietro Bartolo un responsable sanitaire à Lampedusa, parmi les victimes, figurent un garçonnet de 3 ans et une fillette de 2 ans.

Le bateau transportait entre 400 et 500 migrants. Les sauveteurs des garde-côtes, de la police douanière et les carabiniers sont mobilisés.

Le nombre de victimes ne cessant de s'accroître, les corps qui se trouvent pour l'instant dans le port de Lampedusa ont commencé à être transférés en ambulance dans un hangar de l'aéroport.

Selon les enquêteurs, les passagers du navire ont mis le feu à des couvertures pour signaler leur présence à des navires marchands. En raison du carburant, le navire a pris feu et coulé.

Selon les médias, un jeune Tunisien, recueilli lui-aussi, aurait été reconnu par les survivants comme l'un des passeurs et arrêté par la police.

Les migrants seraient pour la plupart originaires de Somalie, a affirmé Antonio Candela, responsable de l'assistance sanitaire à Lampedusa. D'autres responsables ont dit qu'ils seraient Erythréens. Ils ont d'abord été secourus par des bateaux de tourisme "alertés par des cris".

L'alerte a été donnée par des bateaux de pêche qui se trouvaient dans la zone. Interrogés par des médias, des rescapés sur place ont dit être partis deux jours plus tôt de Misurata (Libye) et que des bateaux de pêche "les ont vus mais ne leur ont pas porté secours".

La maire de l'île s'est montrée très affectée par ce nouveau naufrage: "il faut que les caméras de télévision viennent ici, montrent les cadavres, sinon c'est comme si ces tragédies n'existaient pas", a-t-elle dit.

Le pape qui s'était rendu pour son tout premier voyage hors de Rome à Lampedusa début juillet a parlé de "honte" face aux "nombreuses victimes de cet énième naufrage", des immigrés clandestins en quête d'une nouvelle vie dans les pays riches.

Le chef du Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés Antonio Guterres s'est dit "choqué par ce drame" et "bouleversé par la montée du phénomène des migrants et des personnes fuyant les conflits et périssant en mer".

Qualifiant le drame "d'immense tragédie", le chef du gouvernement Enrico Letta a annoncé que son vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur, Angelino Alfano, se rendrait sur place très vite.

L'intense activité politique prévue, au lendemain d'une crise qui avait conduit le premier ministre à demander la confiance, a été suspendue.

Plusieurs hommes politiques italiens ont demandé à l'Europe de faire davantage: "l'Italie et l'Europe doivent se doter de politiques adaptées de surveillance" des côtes pour éviter de telles "tragédies", et "d'asile", a demandé le chef du Parti Démocrate, principale force de gauche, Guglielmo Epifani.

Depuis le début de l'année, plus de 22.000 migrants ont été débarqués sur les côtes du sud du pays (Sicile et Calabre surtout), soit près de trois fois plus que sur l'ensemble de 2012.

Un autre navire a d'ailleurs débarqué au cours de la même nuit à Lampedusa avec 463 migrants, provenant apparemment de Syrie.

Lundi, 13 immigrés -- pour la plupart Erythréens -- s'étaient noyés en tentant de rejoindre la côte près de Raguse (sud-est de l'île principale de Sicile) après avoir sauté ou avoir été jetés par des passeurs d'une embarcation transportant environ 200 migrants et réfugiés.

Début août, un drame semblable s'était produit sur une plage de Catane (est de la Sicile) quand six Egyptiens s'étaient noyés en pensant être arrivés à terre, quand leur embarcation s'était ensablée non loin du rivage.