Bethléem, désertée, n'a plus le coeur à faire la fête

BETHLÉEM L'église de la Nativité était déserte, les mines sombres et le ciel noir à la veille de ce long week-end de la nativité à Bethléem, à quelques jours d'un Noël qui s'annonce comme l'un des plus lugubres qu'ait connu cette ville autonome palestinienne où, selon l'Evangile, le Christ est né il y a 2.000 ans.

Alors qu'il y a trois mois il fallait attendre patiemment son tour dans l'église de la Nativité avant de pouvoir descendre l'étroit escalier de pierre qui mène à la minuscule grotte où, selon la tradition chrétienne, la Vierge Marie donna naissance à l'enfant Jésus, les visiteurs, tous des résidents des environs, se comptent sur les doigts d'une main.

`Ce ne sera pas comme avant à cause de ces évènements´, lâche à propos des fêtes de Noël un Palestinien d'une soixantaine d'années portant costume gris et cravate.

Près de trois mois après le début de l'Intifada, qui a entraîné un bouclage des territoires palestiniens par l'armée israélienne, les habitants de Bethléem n'ont effectivement pas le coeur à faire la fête.

Le ministre d'Etat palestinien Nabil Qassis a indiqué cette semaine que les festivités de Noël seraient limitées aux seules célébrations religieuses par solidarité avec les quelque 300 martyrs palestiniens tués par l'armée israélienne.

La traditionnelle procession du patriarche latin de Jérusalem (le chef de l'église catholique en Terre Sainte), qui a lieu chaque année à la veille de Noël, sera ainsi privée de musique ce dimanche, commente le père Ibrahim.

Il se dit toutefois certain que l'église Sainte-Catherine, qui jouxte celle de la Nativité et peut contenir environ 3.000 personnes, sera, comme tous les ans, pleine à craquer pour la messe de minuit, qui sera dite par le patriarche, Mgr Michel Sabbah, un Palestinien. Plus des deux tiers des fidèles seront des étrangers, explique-t-il.

Noël sans faste

Pas de musique ni de flonflons à Bethléem donc, contrairement à l'an dernier, où l'Autorité palestinienne, anticipant une manne touristique, avait lancé avec faste un vaste programme de festivités. Mais tout s'est écroulé avec l'Intifada. `Nous ne l'avions pas prévu. Alors personne ne s'y était préparé´, déclare Nidal al-Korna, un guide touristique aujourd'hui au chômage. Au début, admet-il, il pensait que les affrontements dureraient quelques jours, une semaine tout au plus.

Mais les images terribles s'étalant sur les écrans de télévision du monde entier ont eu pour effet immédiat de donner un coup d'arrêt à l'industrie touristique, l'activité numéro un de Bethléem.

`Grâce à Dieu, j'avais des économies´, poursuit M. al-Korna, père de cinq enfants dont le plus jeune a six mois, expliquant qu'il consacre cet argent uniquement à acheter de la nourriture.

`L'électricité? Je n'ai pas payé depuis trois mois. L'eau? Je ne paie pas non plus. Ils ont coupé le téléphone´, dit-il, persuadé que les autorités n'oseront pas couper l'eau et la lumière pour l'instant.

Il a également arrêté de payer les factures des deux écoles privées catholiques, le collège de la Terre Sainte et le lycée Saint-Joseph, où deux de ses cinq enfants étudient.

Son frère Adnane, propriétaire d'un magasin de souvenirs proche de la place de la Mangeoire, n'est pas mieux loti. Plus aucun touriste ne vient et les trois employés qu'il employait restent maintenant chez eux.`Je joue aux cartes. Je perds mon temps´, répond-il lorsqu'on lui demande comment il passe ses journées.

La mort mardi soir du patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem, Mgr Diodoros I, ajoutait encore à cette atmosphère lugubre, alors que les rues de Bethléem étaient battues par la pluie et un méchant vent d'hiver.