A un mois des élections législatives, le gouvernement a soudainement changé de cap, faute d'avoir pu convaincre les personnes éligibles à recevoir une injection, qu'il s'agisse des professions médicales, enseignants ou travailleurs sociaux.

"Faites confiance à la science!", implorait le ministre de la Santé, Kostadin Anguelov, désespéré de voir que seuls un tiers des inscrits s'étaient présentés à leur rendez-vous.

La Bulgarie, pays le plus pauvre de l'UE mais bénéficiaire de doses dans le cadre de la stratégie de précommandes menée par la Commission européenne, affiche ainsi le plus faible taux de vaccination des Vingt-Sept.

A ce jour, 168.000 Bulgares ont reçu au moins une dose, soit 2,4% de la population, à comparer à un taux de 4,2% pour l'ensemble de l'UE, selon des données compilées par l'AFP.

"Soulagée et heureuse"

Qu'à cela ne tienne, l'impulsif Premier ministre Boïko Borissov a ouvert grand les portes des centres, alors qu'enfin était venu le tour des plus de 65 ans et des malades chroniques.

De longues files d'attente se sont formées le week-end dernier devant les hôpitaux de Sofia, mêlant jeunes et moins jeunes, personnes en pleine forme et d'autres plus vulnérables contraints de patienter des heures.

"La situation a radicalement changé. Avant, nous devions prier les gens de se faire vacciner. Maintenant, les équipes sont très occupées", témoignait mercredi Sylvia Tcholakova, responsable de la polyclinique d'un des plus grands hôpitaux de la capitale.

"Soulagée et heureuse", Denitsa Valkanova, 31 ans, arbore un grand sourire derrière son masque. "Des amis qui vivent à l'étranger me disent qu'ils vont devoir patienter encore des mois avant d'y avoir droit".

A ses côtés, une nonagénaire est aussi ravie. "A mon âge, par où commencer?", répond-elle, badine, au médecin qui lui demande ses antécédents médicaux.

Mais jeudi déjà, les doses étaient épuisées et l'accès à tous a dû être temporairement suspendu dans les grandes villes, le ministre de la Santé s'indignant des retards de livraison des lots AstraZeneca/Oxford.

"Nos dirigeants sont formidables: ils ont débloqué le système en provoquant un monstrueux chaos!", ironisait il y a quelques jours le journal Segan.

"Sérieuse défaillance"

Le scepticisme lié aux vaccins est plus élevé en Bulgarie que partout ailleurs en Europe, sur fond de méfiance à l'égard des autorités.

Environ la moitié de la population confiait ne pas vouloir franchir le pas, dans deux sondages distincts publiés la semaine dernière, alors que les fausses informations foisonnent depuis l'émergence de la pandémie.

"Afin de combler son retard, le gouvernement a largement ouvert les vannes, mais c'est au détriment des plus âgés et fragiles", prioritaires dans les autres pays de l'UE, déplore l'analyste Boryana Dimitrova, de l'institut Alpha Research.

Il s'agit à ses yeux d'"une sérieuse défaillance" de l'équipe au pouvoir, qui a vu sa cote de popularité chuter depuis une massive vague de protestations l'été dernier.

De fait, 15.100 Bulgares âgés de moins de 65 ans - la majorité ayant entre 30 et 50 ans - ont profité de ce revirement de stratégie, d'après les statistiques officielles, soit plus que ceux issus de la catégorie "prioritaire" des plus vieux et malades.

La foule de ces derniers jours "n'est pas une bonne nouvelle", renchérit Parvan Simeonov, de l'institut Gallup, dénonçant une politisation de la campagne de vaccination à l'approche du scrutin du 4 avril.

Accompagné de ses ministres, Boïko Borissov assiste en personne à la campagne d'immunisation dans des villages reculés, où sont dépêchées des équipes mobiles.

Vantant "une organisation parfaite", il voit dans la récente affluence un argument pour alléger les restrictions, parmi "les moins strictes d'Europe", malgré une hausse des contaminations en février.

Dès lundi, les restaurants et salles de jeu rouvriront, a annoncé le Premier ministre mercredi, promettant même l'ouverture des boîtes de nuit en avril.