Une communauté revendique le mode de vie à la dure de leurs ancêtres. Au menu : viande crue et fruits de saison...


NEW YORK Il avait disparu depuis des millénaires et on ne voyait sa trace plus guère que dans les musées. Mais l'homme des cavernes est de retour aux Etats-Unis, où une petite communauté revendique le mode de vie à la dure, et soi-disant sain, de leurs ancêtres.

Vlad Averbukh veut une serviette pour son déjeuner. La viande crue, "ça peut saigner", dit-il. Pas besoin de fourchette par contre: quand on suit un "paléo-régime", on mange comme les hommes des cavernes.

"Un paquet de gens trouvent ça dégoûtant. Moi, je trouve ça bon", dit-il tout en mordant dans un gros morceau de boeuf cru épais comme un livre.

"L'idée, c'est que vous ne mangez que ce que nos ancêtres mangeaient il y a 10.000 ans. En l'occurence, ce que vous pourriez attraper dans la forêt avec un bâton", explique ce New-Yorkais de 29 ans, patron d'un site internet.

Pour le professeur Loren Cordain, auteur du "Paléo-régime", ce régime alimentaire est bien meilleur que ceux actuellement en vigueur, qui selon elle ont conduit l'humanité au cancer et à l'obésité.

Le menu pour manger comme à l'âge de pierre ? Fruits de saison, viande maigre, poisson et faibles portions de nourriture transformée comme le sucre, les céréales, le pain ou les produits laitiers.

Mais manger cru ne suffit pas : il faut aussi faire de l'exercice et pouvoir se frotter à la rudesse des conditions de vie qu'enduraient les hommes des cavernes, bien loin du confort aseptisé des salles des musculation modernes.

L'un des gourous du mouvement, le Français Erwan Le Corre (élu "parfait jumeau de Tarzan" par le magazine masculin Men's Health), propose ainsi des entraînements en pleine nature consistant à jeter des pierres, à sauter dans tous les sens ou à courir pieds nus.

Dans la vie de tous les jours, rien ne permet a priori de distinguer M. Averbukh, l'allure mince, barbe et cheveux taillés de près, complet gris et chaussures noires, de tous ces cadres qui travaillent dans le quartier d'affaires de Manhattan. Jusqu'au moment où on le voit sauter et s'agripper à un échafaudage pour enchaîner une série de tractions...

"J'aime bien faire mes exercices avant de manger", explique-t-il. "Le régime et les exercices vont ensemble. Cela faisait partie de la vie de nos ancêtres".
Les adeptes de ce mode de vie affirment jouir d'une meilleure santé que leurs congénères. Mais tout n'est pas rose dans le monde des nouveaux hommes des cavernes.

M. Averbukh reconnaît par exemple que certains de ces amis le trouvent plutôt "bizarre" et il admet passer sous silence certaines de ses habitudes, comme piquer un sprint en pleine rue avec des chaussures de ville... "Une fois, les flics ont vraiment pensé que j'avais volé un truc", raconte-t-il.

Et si les hommes des cavernes pratiquaient la cueillette à moindre frais, la nourriture bio est plutôt chère en 2010. M. Averbukh estime à 70 dollars son budget alimentaire quotidien.

Autre problème: le mouvement ne compte pas beaucoup de femmes, qui n'apprécient guère la viande crue et les séances de musculation impromptues dans les rues de New York.

Pour les tenants d'une diététique plus classique, le régime "homme des caverne" est loin d'avoir fait ses preuves. Au contraire.

Les hommes des cavernes "n'avaient pas une espérance de vie très longue", remarque Keri Gans, porte-parole de l'American Dietetic Association, selon qui ce retour aux valeurs d'antan relève de la "lubie". "C'est le dernier régime-gadget à la mode", tranche-t-elle.

"Désinformation", commente M. Averbukh, tout en salivant par avance à l'idée de son prochain repas: un bon gros os à ronger aggrémenté de baies sauvages.