La favela de Jacarezinho, dans le nord de Rio, s'est transformée en champ de bataille jeudi à l'aube. Des habitants ont rapporté avoir vu des cadavres gisant dans les ruelles dans des mares de sang, et de nombreux corps embarqués à bord d'un véhicule de police blindé, a déclaré à l'AFP un responsable d'une communauté locale, qui a demandé pour des raisons de sécurité que son nom ne soit pas publié.

La police a confirmé la mort de "24 suspects" et d'un policier, tué d'une balle dans la tête au tout début de l'intervention, soit le bilan le plus élevé de l'histoire de l'Etat de Rio de Janeiro pour une opération antidrogue.

Silvia Ramos, coordinatrice de l'ONG Réseau d'observatoires de la sécurité publique, a dénoncé "une opération mal planifiée qui, après la mort d'un policier, a viré à l'opération de vengeance".

"Qui sont les morts? Des jeunes noirs. Et c'est pour ça que la police parle de 24 suspects. Il suffit d'être noir et d'habiter une favela pour devenir un suspect", a-t-elle affirmé à l'AFP.

"Pour une opération légale, celle de Jacarezinho bat tous les records" de victimes, a-t-elle ajouté, en faisant la comparaison avec deux massacres commis par vengeance par des policiers hors service dans d'autres quartiers en 1993 (22 morts) et en 2005 (31 morts).

Selon la police, l'opération a été menée contre des trafiquants de drogue accusés de recruter des mineurs à Jacarezinho, considéré comme une base du "Comando Vermelho" (le "Commando rouge"), le plus important gang de trafic de drogue de Rio de Janeiro.