De Mitterrand à Sarkozy en passant par Chirac, l’interprète anglais du Palais de l’Élysée entre 1984 et 2012 confie anecdotes et souvenirs avec les 3 présidents. L’occasion aussi de se pencher sur une fonction cruciale pour les relations diplomatiques françaises avec la Maison Blanche et le 10 Downing Street. Amanda Galsworthy est l’Invitée du samedi de nos nos confrères de LaLibre.be.

Extraits :

A seulement 23 ans, vous êtes appelée à travailler pour François Mitterrand qui devait prendre un appel de son homologue américain George Bush père . Une traduction que vous n’avez pas oubliée…

Effectivement, quand il a décroché, le son était très mauvais, puis son labrador noir m’a sauté dessus. Baltique est resté sur mes genoux pendant tout cet épisode. J’étais très distraite et surtout stressée par cette bête qui me léchait la figure et par le casque qui s’était emmêlé dans mes cheveux. Le président était spectateur de cette scène. C’était l’angoisse.

Sous sa présidence, Jacques Chirac a-t-il vraiment suspendu un déjeuner officiel pour vous permettre de déjeuner ?

C’était extrêmement gentil de sa part, mais j’étais très gênée de constater que toute la tablée me regardait manger. Cela dit, ça partait d’un très bon sentiment. Je n’oublierai jamais qu’après une traduction, je lui ai confié mon embarras d’avoir dû quitter l’anniversaire de ma fille, qui avait invité 12 amies. Il est parti 3 minutes pour rédiger une carte d’anniversaire à ma fille. C’était adorable. Très humain, Jacques Chirac se souciait beaucoup des gens autour de lui. Nicolas Sarkozy aussi d’ailleurs.



Vous êtes aussi le témoin d’une scène - qui a fait beaucoup de bruit - lors d’un G8. Après une rencontre avec Vladimir Poutine, Nicolas Sarkozy semblait essoufflé et pâteux à tel point qu’un journaliste belge affirmait qu’il "n’avait pas bu que de l’eau".

Oui, je démens totalement. J’étais très frappée par le gouffre entre la réalité et le reflet donné par les médias. D’autant que tout le monde sait que Nicolas Sarkozy ne touche pas une goutte d’alcool, il a horreur de ça. C’était la première grande conférence de presse internationale de Nicolas Sarkozy après sa prise de fonction. Ce jour-là, c’est moi qui le traduisais. En réalité, sa rencontre avec Poutine avait pris du retard, il n’a donc pas voulu faire attendre la presse plus longtemps. Au lieu de prendre la voiturette qui lui était destinée, il est passé par l’escalier de service. Il est donc arrivé essoufflé devant la presse mondiale. Quand j’ai entendu qu’on affirmait qu’il n’avait pas bu que de l’eau, j’étais sidérée.

Dans le bureau ovale, il vous est arrivé de terminer une phrase de Sarkozy alors qu’il ne l’avait lui-même pas encore achevée. Il a confié à Barack Obama : "La prochaine fois, c’est elle qui fera l’entretien à ma place."

A force de traduire quelqu’un, on finit par connaître ses schémas de communication et sa façon de penser. Je vous assure que cela ne m’arrive pas souvent de terminer les phrases, mais il est vrai que l’anglais est une langue plus succincte, avec des phrases plus courtes.


Un entretien à découvrir ici en intégralité!