Les pays de l’Opep se disent prêts à augmenter leur production… mais pas de miracle à attendre

VIENNERésolue, elle aussi, à endiguer la flambée des prix du pétrole, l’Opep s’acheminait samedi, sauf coup de théâtre, vers une hausse de la production d’au moins 500.000 barils par jour avec pour objectif affiché un retour des cours à des niveaux plus raisonnables.
Le ministre saoudien du Pétrole, M. Ali al-Nouaïmi, a affirmé dans un entretien accordé à l’AFP qu’il avait obtenu l’accord de plusieurs Etats membres pour une hausse supérieure à 500.000 barils par jour (bj). La pierre d’achoppement reste le seuil de hausse au-delà de ce chiffre.
Le ministre a ajouté que quelle que soit la capacité des différents pays de l’Opep à produire plus de brut, cela n’empêcherait pas l’organisation `de prendre la bonne décision´. L’Arabie Saoudite, dont le prince héritier aurait promis au président Bill Clinton une hausse de 700.000 bj de la production, est le seul pays avec le Koweït et les Emirats arabes unis à pouvoir ouvrir largement et vite ses robinets pétroliers.
Une augmentation des quotas de 700.000 bj `ne changera rien sur les marchés ni sur les prix´, tempère néanmoins Roger Diwan de la Petroleum Finance Company. L’Opep dépasse déjà ses plafonds de production de ce volume.
A la veille de la conférence de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, dimanche à Vienne, les discussions se poursuivaient en coulisses dans une bonne atmosphère, meilleure qu’en mars et juin, présageant un accord plus facile à obtenir sur le niveau de la hausse de la production, selon le ministre algérien de l’Energie, M. Chakib Khelil.
L’Opep a de la mémoire. Elle se souvient qu’après les chocs pétroliers des années 70, la demande d’or noir avait sérieusement fléchi. Des prix trop élevés ne sont bons ni pour les consommateurs, ni pour les producteurs: `quand les cours atteignent des sommets aussi vertigineux, il y a fort à parier qu’ensuite, ils s’effondrent très bas´, a noté un analyste.
`Ce qui nous importe, c’est la stabilité des cours. Une trop grande volatilité des prix coûte cher aux producteurs en terme de risques sur les investissements´, a également relevé le ministre algérien.
Message européen
Les quinze ministres des Finances des Quinze, réunis samedi à Versailles voient dans le prix actuel du pétrole `une source de préoccupation majeure´, et estiment que cette hausse `doit être traitée, ainsi que l’Opep l’a promis, par une augmentation de la production conduisant à un prix plus bas´.
Le ministre français, M. Laurent Fabius, président en exercice du Conseil des ministres de l’UE, a présenté le communiqué final adopté par les Quinze. Le texte appelle l’Opep `à mettre en place les mesures permettant d’assurer un approvisionnement du marché mieux adapté à la conjoncture économique mondiale´.
En outre, `chaque ministre a affirmé la position de son gouvernement de ne pas changer sa politique de taxation du pétrole pour des raisons économiques et environnementales´, a précisé M. Fabius.
Dans le communiqué final, les ministres estiment `qu’un retour des cours de pétrole à un niveau qui favorise la croissance mondiale est nécessaire´.

Un nouveau sommet pour rien ?

L’hiver s’annonce d’ores et déjà rude

VIENNE500.000 barils. 800.000 barils. Les paris allaient bon train samedi à la veille de l’ouverture du sommet de l’Opep à Vienne.
Mais à côté de ces estimations, tous les experts y allaient du même jugement: cette augmentation, aussi salutaire soit-elle, ne devrait pas permettre au prix de l’or noir de redescendre en dessous des 30 dollars sur les marchés. Autrement dit, le prix du baril de pétrole serait encore 5 dollars plus cher que ce que souhaitaient obtenir les responsables de l’Opep lorsqu’ils sont décidés de fixer des quotas de production.
Pourquoi l’or noir ne devrait-il pas baisser suffisamment ? La première raison est la spéculation qui bat son plein sur les places financières. Une spéculation qui s’explique par le niveau actuel des stocks en regard de la production et de la consommation. Un simple calcul suffit. Actuellement, avec une production même augmentée de 500.000 barils par jour, on ne pourrait se permettre que quelques légères thésaurisations. Imaginez ce que cela donnera une fois que le mauvais temps sera revenu frapper à nos portes.
Mais il est vrai que cette flambée des prix, si elle assure de belles rentrées financières actuellement aux pays de l’Opep, pourrait, à terme, entraîner une chute aussi incontrôlable que ne le fut la poussée de fièvre. De quoi ramener ces producteurs a de meilleurs sentiments, mais toujours teintés, qui pourraient leur en vouloir, d’un certain appât du gain. Il faut donc plutôt s’attendre à une temporisation qu’à une belle diminution des prix.