Les images de pompes à essence fermées et d'automobilistes faisant la queue pour faire le plein de peur de manquer d'essence ont apporté une illustration choc des difficultés d'approvisionnement subies par les Britanniques sous l'effet de la pandémie et du Brexit.

Face aux craintes de pénuries d'essence, le ministre des Transports Grant Shapps a appelé les automobilistes à "agir comme d'habitude" et à ne pas procéder à des achats massifs sous l'effet de la panique, susceptibles d'aggraver la situation.

Invoquant des "problèmes d'approvisionnement", une porte-parole du groupe britannique BP a expliqué qu'une "poignée de sites" avaient dû fermer faute de sans-plomb et diesel, priorité étant donnée aux aires d'autoroutes et grands axes routiers.

Selon une source proche de l'entreprise, le nombre de stations-essence affectées par des pénuries est de l'ordre de quelques dizaines.

Sur environ 1.200 stations-service gérées par BP, "cinq ont dû fermer" jeudi, a relativisé Grant Shapps sur Sky News, soulignant qu'"aucun autre détaillant" n'a rapporté de fermeture.

Le géant américain ExxonMobil, propriétaire des stations Esso, avait indiqué jeudi qu'un "petit nombre" de ses 200 stations dans les supermarchés Tesco étaient touchées par ce problème.

Dans le quartier de Shepherd's Bush, dans l'ouest de Londres, des automobilistes venus faire le plein découvraient que la station BP n'avait plus de carburant.

"C'est comme si nous vivions dans un pays du tiers monde", réagit Emile Jomaa, cadre dans le secteur bancaire de 66 ans interrogée par l'AFP.

Pour Shane Kenneally, 38 ans, le problème vient du Brexit: "Depuis le Brexit, il y a eu une pénurie de main-d'oeuvre dans tous les secteurs. On aurait dû y réfléchir, mais ce gouvernement n'a jamais anticipé", peste ce directeur d'une entreprise d'aménagement paysager.

100.000 chauffeurs manquant

L'association de transporteurs RHA (Road Haulage Association) estime que le Royaume-Uni a besoin d'environ 100.000 chauffeurs routiers supplémentaires, un manque qui a créé des problèmes d'approvisionnements croissants ces dernières semaines y compris dans les supermarchés. Sur Twitter, le directeur général de la RHA, Rod McKenzie, a toutefois appelé à "ne pas paniquer", assurant que les "choses vont simplement prendre un peu plus de temps pour arriver".

La pandémie, qui s'est traduite par la fermeture pendant des mois de centres de formation des nouveaux chauffeurs, est la "principale cause" du manque de conducteurs, un problème qui touche d'autres pays, a affirmé Grant Shapps.

A cela s'ajoutent "des problèmes à plus long terme" a-t-il poursuivi, soulignant que c'était un "travail difficile et jusqu'à présent sous payé".

Pour attirer davantage de candidats, il a encouragé une hausse des salaires et une amélioration des conditions de travail dans ce secteur.

La pandémie a aussi incité nombre de chauffeurs routiers, en grande partie étrangers, à rentrer dans leur pays et le Brexit a compliqué l'arrivée de nouveaux chauffeurs originaires de l'Union européenne en raison de formalités d'immigration bien plus complexes.

Selon la RHA, environ 20.000 chauffeurs routiers européens ont quitté le Royaume-Uni depuis le Brexit.

Pour le ministre des Transports, les gens ont "tort" d'attribuer l'origine des problèmes à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Il a argué que le "Brexit avait en réalité fourni une part de la solution".

"Grâce au Brexit, j'ai pu changer la loi et modifier la façon dont les tests de conduite fonctionnent d'une manière que je n'aurais pas pu faire si nous faisions encore partie de l'UE", a affirmé Grant Shapps.

Le gouvernement avait annoncé le mois dernier changer les règles pour accélérer la formation des chauffeurs routiers.

La Fédération de l'industrie du pétrole du Royaume-Uni (UKPIA) s'est aussi voulu rassurante, affirmant que "la chaîne d'approvisionnement en carburant est résiliente et (que) le carburant arrive actuellement à la grande majorité des consommateurs".

Le député travailliste David Lammy a averti le gouvernement qu'il s'exposait à "un hiver de mécontentement" avec des pénuries de personnel, d'approvisionnement et de qualifications.

Files d'attente dans les stations-service britanniques

Le conglomérat pétrolier et gazier Shell voit les files d'attente s'allonger dans certaines stations-service du Royaume-Uni, alors que ses rivaux BP et ExxonMobil ont dû fermer des stations en raison d'un manque de chauffeurs pour livrer le carburant. Les automobilistes britanniques craignent de tomber à court de carburant. Shell affirme qu'elle est en train d'ajuster sa planification de l'approvisionnement pour répondre à cette demande accrue. La société possède environ un millier de stations-service au Royaume-Uni. Selon l'agence de presse Reuters, certaines d'entre elles sont désormais à court de carburant.

BP, de son côté, affirme qu'il y a des pénuries de certains carburants dans au moins 50 de ses plus de 1.200 stations-service au Royaume-Uni. Certaines sont complètement fermées. BP est en train d'approvisionner en carburant supplémentaire les pompes qui connaissent une forte demande de la part des clients, ainsi que les emplacements situés le long des autoroutes ou des grands centres de transport.