Le 14 décembre dernier à Strasbourg, Philippe Lamberts, le coprésident du groupe politique des Verts, s'est quelque peu emporté contre un journaliste du quotidien Libération. "L’histoire que raconte ce soi-disant journaliste est juste des conneries, c’est un mensonge ou une histoire inventée. C’est du journalisme de merde". Des propos d'une extrême violence qui font référence à un article paru le 1er décembre dans le quotidien français. Ce dernier avançait que les Verts menaient des négociations avec les conservateurs du PPE dans le but d'obtenir des postes politiques et administratifs, à condition que la conservatrice maltaise Roberta Metsola accède à la présidence du Parlement en janvier.

Un article qui a mis dans l'embarras l'homme politique vis-à-vis de ses députés tenus à l'écart de ces négociations. Et pour cause, Roberta Metsola est réputée pour ses prises de position contre l'avortement, elle s'oppose également à la transparence fiscale et ne souhaite pas s'impliquer dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Aujourd'hui, Jean Quatremer, le journaliste à l'origine de l'article qui a provoqué la colère de Philippe Lamberts, a souhaité prendre la parole. Dans un billet d'humeur, il dénonce les propos de l'homme politique, d'une "violence inouïe". "Mon article ne contenant aucune attaque personnelle, la rationalité aurait voulu qu’il se contente de démentir poliment ou de demander un droit de réponse sans avoir besoin d’emprunter un vocabulaire trumpien." Le journaliste poursuit en remettant en cause le fonctionnement "de plus en plus anti-démocratique de la bulle bruxelloise qui ne supporte plus d’être dérangée dans sa gestion des affaires européennes." Finalement, Jean Quatremer s'interroge sur la liberté de la presse : est-elle encore d'actualité dans ce contexte ? "Lamberts a simplement dit tout haut ce que murmure la majorité de l’élite européenne : la presse ment, la presse nous emmerde, la presse ne devrait être là que pour chanter les louanges de l’aventure européenne", conclut-il.

"Quatremer a balayé mon message d'un revers de la main"

Dans un mail envoyé au directeur de Libération ce mercredi, Philippe Lamberts se justifie. "L'impression qui peut se dégager à première vue de l'extrait de mon briefing de presse au Parlement Européen du 14 décembre, monté en épingle dans vos colonnes, est que je me suis emporté contre un journaliste de Libération qui avait pour seul tort d'avoir honnêtement fait son travail. A première vue, car les faits sont tout autres", débute l'écologiste.

Selon lui, l'information de Libération est fausse. "Nous sommes encore en pleine réflexion stratégique sur le rôle que nous voulons jouer dans cette élection : soutenir l'une ou l'autre candidate (à ce moment, le groupe Socialiste & Démocrate n'a pas encore décidé d'en présenter une) ou, comme nous l'avons déjà fait maintes fois, présenter la nôtre. A ce moment, rien n'est exclu, mais rien, absolument rien n'est conclu avec qui que ce soit puisqu'à ce stade, aucune négociation n'est ouverte avec quiconque . A supposer qu'elle lui ait été soufflée par une source, il était aisé pour Jean Quatremer de vérifier la véracité d'une telle thèse : il lui suffisait de m'appeler (il dispose de mon numéro de portable), ce qu'il s'est bien abstenu de faire. Je lui aurais expliqué, comme je l'ai fait avec certains de ses confrères, où nous en étions. Les journalistes qui ont affaire à moi savent que je tente toujours d'expliquer les choses le plus clairement possible et le plus fidèlement possible à la réalité. Cette discussion n'a jamais eu lieu avec Jean Quatremer. Dès avoir pris connaissance de l'article, mon premier geste a été de le contacter par SMS pour souligner ces deux faits (la fausseté de l'affirmation et l'absence de tout appel de sa part). Il a balayé mon message d'un revers de la main. Sur ce point, de deux choses l'une : soit Jean Quatremer a reçu une information fausse, qu'il répercute dans son article sans l'avoir aucunement vérifiée; soit il s'agit d'une pure invention de sa part. Dans les deux cas, la faute déontologique est grave et caractérisée".

Plus loin, Philippe Lamberts regrette que "Jean Quatremer a persisté dans ses affirmations mensongères et il se pare aujourd'hui de la vertu outragée face à des attaques prétendument injustifiées". Et de poursuivre : "Certes, le ton de ma réponse publique est cinglant : il est à la hauteur de mon indignation de voir un journaliste accrédité alimenter de sa propre initiative un climat de défiance, en propageant sciemment - en ce qui concerne le paragraphe dont il est question - des fausses nouvelles, mâtinées d'opinions non étayées".