Le ministre a estimé que la phrase commentée, "extraite" d'un "réquisitoire de sept heures", avait été "dénaturée".

Me Thibault de Montbrial, avocat d'une policière victime et partie civile au procès, avait assuré dimanche au journal Le Figaro : "L'un des deux avocats généraux a conclu ses réquisitions en déclarant à l'intention des accusés qu'ils avaient selon lui +de l'empathie+, et qu'ils constituaient à ses yeux +une richesse pour le pays+".

M. Dupond-Moretti a répondu à la polémique en défendant le magistrat, dont il rapporté les paroles, au micro de RTL. "Voilà ce qu'il dit aux accusés: +Assumer ses actes et devenir un homme. Pour se faire, il s'agira de briser la loi du silence, (...) en dialoguant, en échangeant, en parlant non pas pour propager des rumeurs ou parler seulement entre vous, mais (...) avec tous les citoyens venus d'horizons différents qui font la richesse de notre pays, dont vous êtes, ne vous en déplaise, aussi les enfants+", a-t-il lu.

"Je sais que (cette phrase) a été prononcée", a-t-il insisté. L'entourage du ministre a indiqué qu'il avait "demandé à se faire communiquer une partie du réquisitoire".

Les propos de Me de Montbrial ont suscité depuis de nombreux commentaires.

"Un procureur ne peut pas dire à des criminels qui voulaient brûler vif des policiers qu'ils sont +une chance pour la France+, a tweeté mardi la présidente ex-LR de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, potentielle candidate de la droite à l'élection présidentielle de 2022.

"L'avocat général qui est directement sous les ordres du ministre de la Justice, M. Dupond-Moretti, a commencé son réquisitoire en disant à ces jeunes là +vous êtes une richesse pour la société+", a affirmé la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, mardi sur RTL, ajoutant: "Je remets en cause les instructions qui sont données par M. Dupond-Moretti".

Le ministre lui a répondu mercredi: "Il n'est pas possible de donner des directives individuelles à des magistrats, et Marine Le Pen devrait le savoir". "Je lui souhaite de reprendre des études de droit, voyez en 2022 je pense qu'elle aura du temps", a fustigé l'ancien avocat.

Au terme de six semaines de procès à huis clos, cinq jeunes ont été condamnés en appel dans la nuit de samedi à dimanche à des peines allant de six ans à dix-huit ans de réclusion criminelle pour avoir attaqué et brûlé des policiers à Viry-Châtillon (Essonne) en 2016. La cour d'assises des mineurs de Paris a prononcé huit acquittements.

Ce verdict a suscité l'indignation de plusieurs syndicats de policiers qui avaient appelé à des rassemblements mardi devant les tribunaux de France.

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé qu'il recevrait samedi les policiers blessés en 2016.

M. Dupond-Moretti s'est refusé à recevoir les jeunes acquittés comme le demandait une avocate de la défense. "Recevoir les acquittés sur cette affaire en particulier, ce sera de toute façon interprété et mal interprété", a estimé le garde des Sceaux.