Monde

Pour les défenseurs de la lutte contre le réchauffement climatique, la victoire de Donald Trump a des allures de véritable catastrophe industrielle. 

Climatosceptique revendiqué - dans la plus pure tradition républicaine -, le futur locataire de la Maison-Blanche n’a en effet pas caché son intention de saborder l’Accord climatique de Paris. Un consensus international fragile que les diplomates ont mis près de trois décennies à bâtir.

Ce dessein ne sera pourtant pas si simple à accomplir. Anticipant un possible succès du milliardaire, l’administration Obama a en effet veillé à ce que le texte de cet accord comporte une clause qui interdit à un pays de se retirer du traité au moins durant les quatre années qui suivent son entrée en vigueur. Soit la durée du mandat présidentiel…

Qui plus est l’Accord de Paris est entré en vigueur il y a quelques jours de manière beaucoup plus rapide qu’espéré, suite à sa ratification expresse par une majorité de pays signataires, parmi lesquels les Etats-Unis, mais aussi la Chine et l’Inde. Actuellement en cours à Marrakech, la 22e Conférence des parties débat à présent de la mise en œuvre concrète des mesures qui doivent permettre de réaliser l’objectif que s’est fixé la communauté internationale : contenir la hausse de la température moyenne mondiale "bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels" et si possible "poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C".

Risque d’isolement

On peut donc espérer que les leaders des autres pays, qui ont engagé leur propre crédibilité dans cet accord, ne manqueront pas de faire pression sur Washington pour rappeler M. Trump à ses devoirs.

Il paraît néanmoins certain que celui-ci jouera tant qu’il peut l’obstruction, en tentant par exemple d’affaiblir ou de minimiser certaines mesures décidées par son prédécesseur ­ - qui touchent notamment l’industrie du charbon et celle du pétrole issu des sables bitumineux. Mais il devra pour ce faire se lancer dans une bataille juridique.

Certains secteurs comme l’industrie automobile ont, en outre, déjà intégré ces changements dans leur planning stratégique et ne seront pas forcément disposés à, à nouveau, tout remettre en cause. Sans parler de la croissance spectaculaire de sociétés actives dans les "green tech", incarnée par Tesla.

"Pour être franc, je ne pense pas que les grosses entreprises arrêteront demain les efforts qu’elles ont entamés, mais il est certain que l’élection d’Hillary Clinton serait beaucoup mieux pour mes affaires", confie ainsi Arnaud Brohé, un jeune consultant belge spécialisé dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, fraîchement installé à New York. "Mais il est clair que la victoire de Donald Trump est un coup de déprime." Gilles Toussaint