Dès l'annonce de l'invasion de l'Ukraine, le 24 février dernier, Vladimir Poutine a justifié son attaque en accusant Kiev d’orchestrer un "génocide" dans les territoires séparatistes prorusses. "Nous nous efforcerons d’arriver à une démilitarisation et une dénazification de l’Ukraine", a-t-il déclaré lors de son allocution.

Rebelote à l'occasion des premiers pourparlers, Vladimir Poutine a fait savoir que la "dénazification de l'Ukraine" était l'une de ses conditions pour cesser ses opérations militaires. Le président russe accuse aussi l'Ukraine de "génocide" contre les russophones dans le Donbass.

Ce n'est pas la première fois que les autorités russes avancent de telles allégations envers l'Ukraine. Déjà en 2014, la rhétorique "nazie" a été utilisée par le Kremlin lors de l'annexion de la Crimée. Cette fois encore, les médias russes assurent que l'Ukraine est un état "néo-nazi", comme l'évoquait Arte.


Ces allégations sans preuves se basent sur des inquiétudes quant à des liens entre groupes d'extrême droite ukrainiens et néonazis. "Elles font référence au bataillon Pravi Sector, qui s'est battu dans le Donbass et qui a été réintégré à l'armée régulière ukrainienne. Certains de ses membres avaient une idéologie nazie, mais ils ont été écartés par le président Zelensky", explique Carole Grimaud-Potter, professeure de géopolitique russe à l'université de Montpellier, à nos confrères de Franceinfo.

Cela fait aussi référence aux Ukrainiens de l'Ouest qui ont rejoint l'Allemagne nazie pour lutter contre les Soviétiques lors de la Seconde guerre mondiale "La cause de ces ralliements n'était pas l'idéologie nazie, mais le fait que l'Allemagne leur avait promis de les aider à être indépendants de l'URSS", explique la professeure, toujours sur Franceinfo.

Quant à l'accusation de "génocide", le chancelier allemand Olaf Scholz l'avait qualifié de "ridicule". En mars 2014, la guerre du Donbass a fait 14.000 morts, côtés ukrainiens et séparatistes confondus. Des chiffres loin de ceux d'un génocide.

Une stratégie typique du KGB

Sur BFMTV, Cécile Vaissié, professeure des universités en études russes et soviétiques à l'Université Rennes-II, explique que cette réécriture de l'histoire par Poutine vise à "raviver un passé douloureux pour l'Ukraine" et à "glorifier le passé russe" (en référence à la victoire de 1945).

Il s'agit ainsi ni plus, ni moins que d'une campagne de désinformation, une stratégie typique du KGB, dont Vladimir Poutine est un ancien officier, rappelle sur BFMTV Julien Théron, enseignant en conflits et sécurité internationale à Science Po Paris.