Le divorce est définitivement consommé dans la famille Maréchal - Le Pen. Marion, la prometteuse cadette de la fratrie, s’était déjà éloignée du Rassemblement national, ce dimanche, elle a définitivement franchi le Rubicon en tournant définitivement le dos à sa tantine pour rejoindre l’ennemi juré, Éric Zemmour et sa formation Reconquête ! L’annonce officielle est tombée sans surprise ce dimanche lors du meeting du candidat-polémiste à Toulon où les deux sont apparus main dans la main face à un public surchauffé.

Au psychodrame familial (une habitude dans le clan Le Pen, où le schisme de 2015 entre Marine et son père Jean-Marie a laissé des traces), déjà bien commenté dans tous les médias hexagonaux depuis plus d’un mois, s’ajoute, surtout dans la perspective de la présidentielle d’avril prochain, la division d’une extrême droite qui n’a peut-être jamais été aussi populaire et aussi fragmentée en France entre deux courants qui font le jeu du président en place. Un constat rendu encore plus incontestable par la crise ukrainienne qui "permet" au président-candidat de laisser ses outsiders se déchirer, tandis que lui s’impose sur la scène internationale sans oublier çà et là ses électeurs.

Un ralliement qui fait psssssschiiiit

Ce ralliement peut-il relancer la campagne du candidat Zemmour qui donne parfois des signes de fatigue et qui, surtout, a commis publiquement "l’erreur" (comme il a été contraint de le reconnaître) de ne pas avoir cru à l’invasion de l’Ukraine orchestrée par le président russe Vladimir Poutine. Le doute est permis et la plupart des analystes français n’annoncent pas une nouvelle dynamique pour le candidat.

La venue de l’ancienne députée FN (devenu RN), qui était très populaire au sein du parti, est une "prise de guerre", qui peut "contribuer à marginaliser un peu Marine Le Pen", estime à l’agence AFP Sylvain Crépon, maître de conférences en sciences politiques à Tours, spécialiste du FN.

Une base qui ne s’élargit guère

Mais si Marine Le Pen devait être affaiblie, elle ne devrait pas être ébranlée par cette alliance annoncée. Avec ou sans Zemmour, le divorce entre les "héritières" du clan Le Pen était consommé et les positions de plus en plus éloignées. L’arrivée de Marion Maréchal, c’est surtout un instantané qui remet l’espace d’un début de semaine Zemmour sur le devant de la scène mais, derrière l’image, politiquement la base électorale du patron de Reconquête ! ne s’étoffe guère. Marion Maréchal et Éric Zemmour sont sur la même ligne idéologique, plus libérale sur le plan économique, plus conservateur sur les valeurs sociétales.

"Dans cette campagne présidentielle très particulière, nourrir un certain nombre de calculs politiciens, de négociations en sous-main, de circonscriptions, c’est assez dérisoire", a critiqué dès samedi sur RMC Louis Aliot, le vice-président du RN, avant d’ajouter : "L’électorat fera peu de cas de ce ralliement, comme il a fait peu de cas des autres."

Trouver sa place

Le politologue Jean-Yves Camus n’est pour sa part pas persuadé que ce ralliement "changera la donne". La question va vite se poser de "l’assemblage" entre Éric Zemmour et Marion Maréchal, "deux personnalités qui vont être assez rapidement en compétition", souligne ce spécialiste. Mais aussi entre Marion Maréchal et la proche conseillère et compagne du candidat, Sarah Knafo. Sa "présence peut gêner Marion Maréchal, qui n’a pas l’intention de faire de la figuration", ajoute-t-il.

Union des droites

Loin de ces analyses peu encourageantes, Marion Maréchal a donné de sa personne pour sa première sortie de campagne ce dimanche. "J’ai la certitude que la recomposition politique va advenir, je crois de nouveau la victoire possible", a lancé la jeune femme, 32 ans, dimanche à Toulon.

Réputée "bosseuse", parfois "cassante", elle soutient comme Éric Zemmour l’idée d’une "union des droites" entendue comme un rapprochement entre l’extrême droite et la droite classique, quand Marine Le Pen dit ne plus croire au clivage gauche-droite.

Mais ce scénario ne paraît tout au plus réalisable que pour le rendez-vous des législatives post-présidentielle. Pendant ce temps, le président candidat continue de caracoler en tête de tous les sondages.