On est le 22 mars, date anniversaire des attaques qui ont fait 32 morts à Bruxelles en mars 2016, et Mohamed Abrini aurait préféré qu'"on parle des commémorations" plutôt que de lui.

Le Belge, âgé de 37 ans, est l'"homme au chapeau" dont tout le monde a vu la photo prise par la vidéosurveillance à l'aéroport de Zaventem, bob sombre sur la tête, poussant un chariot de "40 kilos d'explosifs", comme il le rappelle devant la cour d'assises spéciale de Paris. Avant de renoncer à se faire exploser et de prendre la fuite.

Pour l'accusation, ce renoncement était le deuxième en quelques mois : car la veille des attentats qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis en novembre 2015, Mohamed Abrini avait pris la route pour la capitale française avec les membres du commando du Stade de France, des terrasses parisiennes et du Bataclan.

"Le convoi de la mort", comme il l'avait décrit aux enquêteurs. Mais il était reparti le soir même pour Bruxelles, en taxi. Pendant ses auditions, Mohamed Abrini a toujours soutenu qu'il était uniquement venu accompagner ses amis "dans leur dernier souffle", une prise de risque étonnante et jugée peu crédible.

L'accusation estime plutôt qu'il avait là aussi renoncé, ce qui expliquerait un changement d'équipe de dernière minute parmi les autres membres du commando.

Mais à l'audience de ce jour, Mohamed Abrini est seulement interrogé sur son rôle dans la logistique des attentats entre fin août et tout début novembre. Pendant plusieurs heures, la cour, le ministère public, les avocats des parties civiles et même de la défense lui rappellent tour à tour, avec plus ou moins de tact, qu'il a parfois tendance à raconter "n'importe quoi" quand il est "dans le brouillard" dans sa tête.

"Ca a été démontré, je pense", acquiesce docilement l'accusé, pull brique, masque chirurgical sur le visage.

De manière parfois confuse, dans des tirades fleuries qui le caractérisent, il soutient qu'il n'a "jamais" participé aux préparatifs dans les semaines précédant les attaques. "J'ai pas acheté d'armes, j'ai pas loué de voitures, j'ai pas cousu de gilets explosifs".

"Bien plus graves"

Pour la première fois aussi, il déclare avoir passé une journée fin août dans un appartement de Charleroi avec son ami d'enfance Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur des attentats que tous les services de renseignements européens croient à l'époque en Syrie.

"On parle du quartier, de sa famille, de sa blessure" - par balle, au niveau de la clavicule, montre-t-il de la main -, pas des projets d'attentats, martèle-t-il face aux questions qui se répètent.

"Je sais qu'il va se passer des choses graves", "qu'il y a plein de gens de mon quartier qui sont partis en Syrie, et là ils sont revenus. Je sais qu'ils ne sont pas ici pour faire du tourisme ou du shopping", consent-il.

Pour le reste, les choses "bien plus graves" qu'il a faites plus tard, "j'éclairerai votre lanterne la semaine prochaine", promet-t-il.

Quand vient son tour de poser des questions, son avocate Marie Violleau prend place au pupitre face à la cour, se tourne vers le box et lui lance : "vous avez vu, vos déclarations, on en fait un peu ce qu'on en veut".

Alors "on va reprendre ce qu'il y a dans le dossier, les éléments concrets", propose-t-elle.

Mohamed Abrini intervient. "Si j'ai parlé d'Abaaoud, c'est qu'on approche des interrogatoires sur le 13-Novembre", justifie-t-il.

"Je vais vous dire, j'étais même prévu pour le 13-Novembre. Je compte parler de ça la semaine prochaine".

Marie Violleau prend une seconde. Puis: "on avance un peu. On avance beaucoup même".

Mais on n'en saura pas plus: le planning d'audience établi par la cour, parfois source de frustrations, découpe les interrogatoires des accusés par ordre chronologique.

Les ultimes préparatifs des attentats et la soirée du 13-Novembre ne seront abordés qu'à partir du 29 mars - en commençant par l'interrogatoire de Mohamed Abrini.

"On attend beaucoup de la semaine prochaine alors", conclut le président Jean-Louis Périès.