Monde Me Dalne l’a martelé : on est bien face à un attentat, pas face à une exécution ciblée.

Me Christian Dalne l’a énoncé comme une évidence en début de plaidoirie : quand, au cours d’un procès, l’avocat d’une partie civile se lève pour plaider, c’est qu’il y a eu un drame humain.

Et, pour l’avocat de la famille d’Alexandre Strens, abattu dans la tuerie au Musée juif le 24 mai 2014, on l’a peut-être un peu oublié dans ce procès qui "manque follement, cruellement, terriblement d’humanité de sentiment et de chaleur".

Car, pour l’avocat, il ne faudrait pas oublier qu’ici, "un être humain est sorti du périmètre et s’est arrogé le droit d’ôter la vie d’autres êtres humains". Me Dalne tient à le répéter : "On oublie que quatre personnes ont été abattues dans un attentat terroriste antisémite."

Il a fustigé la défense de Mehdi Nemmouche qui à ses yeux, a confisqué ce procès, en faisant le procès de l’instruction et des témoins, que ce soit les journalistes otages qui ont vu Mehdi Nemmouche en Syrie ou encore le directeur de la prison de Salon-de-Provence, témoin de sa radicalisation de Mehdi Nemmouche.

Pour Me Dalne, "cette défense de Mehdi Nemmouche ressemble à un bateau ivre". Mais pour l’avocat de la famille Strens, il y a bien plus important : "On a fait le procès des victimes et cela, je ne peux absolument pas l’accepter. C’est comme si on devait leur faire porter une responsabilité dans leur mort."

Me Dalne a retracé le parcours d’Alexandre Strens pour "briser les fantasmes, les procès d’intention et les insinuations".

Alexandre Strens , a-t-il souligné, n’était "ni juif, ni musulman. C’était un humaniste". Il a mal vécu le divorce de ses parents, ce qui l’a amené à renier son père et ses origines, lui qui était né Redouane Latrach.

Mais, a dit l’avocat, il n’y a "rien de suspect" là-dedans, pas plus que dans le voyage qu’il a effectué en Israël à l’invitation d’une camarade de classe. Alexandre Strens n’avait, insiste-t-il, "rien à cacher". S’il employait un pseudonyme sur les sites de rencontre, c’est parce qu’il savait bien que ces relations ne peuvent être qu’une aventure, qu’il voulait s’élever socialement et voulait cloisonner sa vie.

La mère de la victime était au courant de son homosexualité, a assuré l’avocat. Le jeune homme était entré au musée via un contrat Actiris. "Là encore, rien de suspect."

Cette stratégie de "salir la mémoire, déplacer le vrai débat des preuves, est vouée à l’échec et vous ne serez pas dupes", a dit Me Dalne au jury, pour qui on est clairement face à "un attentat, ce n’est pas une exécution ciblée".