Le président Abdelaziz Bouteflika sur la sellette

ALGER Lorsqu'il est parvenu à s'asseoir sur le siège de la présidence de la république, en avril 1998, à la suite d'une élection on ne peut plus contestée après le retrait de tous les autres candidats, Abdelaziz Bouteflika avait promis haut et fort le retour à la paix grâce à sa politique de concorde civile.

Plus d'un an et demi plus tard, les massacres se poursuivent. Pis, après une période de relative accalmie, la violence a repris de plus bel, plongeant l'Algérie dans un véritable bain de sang.

Abdelaziz Bouteflika avait tablé sur un recul de la violence. Il pensait parvenir à désarmer les milices. Aujourd'hui, le chef de l'Etat déchante. Le mois de décembre voit s'entasser des dizaines de morts. La télévision algérienne, elle, toujours au service de l'Etat, préfère couvrir abondamment le conflit israélo-palestinien. Les morts arabes de cette région sont plus présentables à l'opinion publique que les Algériens trucidés au quotidien.

Un silence gêné des petits écrans qui traduit l'embarras palpable du chef de l'Etat.

Si la situation devait perdurer, Bouteflika pourrait connaître des jours sombres. L'homme survit actuellement sur un volcan. Les militaires de haut rang se tiennent relativement quiets mais commencent à montrer une certaine envie de réagir face à ce regain de violence.

Le président algérien est redevable à ses militaires. Les caciques du régime ne voulaient pas de Bouteflika. Ce sont les militaires qui ont fait la différence. Qui l'ont imposé et qui lui assurent son pouvoir. Les adversaires de Bouteflika, eux, prônaient la guerre à tout va contre les islamistes. Si la politique présidentielle devait se résumer au fiasco actuel, les militaires ne pourraient plus accepter de demeurer dans leurs casernes très longtemps. Ils gonfleraient les rangs des éradicateurs. Bouteflika se retrouvait alors bien seul face à une classe dirigeante demandant la tête des islamistes, de tous les islamistes.

Toute la presse s'est unifiée contre le président. `Rien ne va plus, Monsieur le président´, a titré Liberté. `La concorde civile est un échec cuisant´, expliquait Le Matin d'Alger.

Bouteflika doit trouver rapidement une parade s'il ne veut pas être complètement débordé de toutes parts. Sa concorde civile n'a pas permis de désarmer le gros des troupes. Seules quelques redditions individuelles sont survenues. Insuffisantes pour assurer la paix, pour rassurer le pays. Seul El Moudjahid, l'ancien journal du parti unique apporte encore son soutien au président en évoquant des violences `terroristes programmées. Comme s'il s'agissait de discréditer la démarche présidentielle.´ Un écho trop solitaire pour réconforter un président sur la sellette.