Il s'exprimait à l'issue d'une réunion virtuelle informelle des ministres des Affaires étrangères de l'UE, dont Sophie Wilmès pour la Belgique. La Russie était l'un des dossiers principaux à l'agenda des discussions. D'une part, le rassemblement de plus en plus important de militaires russes aux frontières de l'Ukraine inquiète fortement. D'autre part, la situation de l'opposant Alexeï Navalny, toujours détenu mais dans un service pénitentiaire hospitalier, nourrit les critiques et les appels aux autorités russes.

"Il y a plus de 150.000 soldats russes qui se massent aux frontières ukrainiennes et en Crimée (région ukrainienne dont l'annexion par la Russie n'est pas reconnue comme légale, NDLR)", a affirmé Josep Borrell, sans dévoiler la source de ce chiffre. Il s'agit du "plus important déploiement militaire russe aux frontières ukrainiennes" jamais connu, a-t-il souligné. Les troupes russes s'installent, avec "des hôpitaux de campagne, toute sorte de matériel militaire...", et dans une telle situation une "étincelle" est vite arrivée, a-t-il exposé.

Moscou a jusqu'ici maintenu que c'était pour des exercices militaires, mais l'UE craint des intentions moins innocentes. Dans l'est de l'Ukraine, le conflit perdure avec les séparatistes pro-russes soutenus par Moscou, et le nombre de morts dans l'armée ukrainienne est clairement reparti à la hausse, a rapporté Josep Borrell. "Nous enjoignons à la Russie de dissiper les tensions, et réitérons notre soutien à l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine", a martelé l'Espagnol. Les 27 continueront de soutenir le "format Normandie", les contacts à quatre pays (France, Allemagne, Ukraine, Russie) qui visent à trouver une solution à la guerre dans le Donbass (est de l'Ukraine) qui dure depuis 2014.

Quant à la situation du médiatique opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, la demande de l'UE est claire: "les autorités russes doivent lui donner un accès immédiat aux professionnels médicaux auxquels il fait confiance", a indiqué le Haut représentant. La nouvelle est parvenue lundi aux 27 que le détenu, en grève de la faim, a été transféré dans un établissement carcéral hospitalier. Si les autorités pénitentiaires russes affirment que son état de santé est satisfaisant, l'UE a reçu "un courrier de l'équipe de Navalny", s'inquiétant de "sa situation qui se détériore", a rapporté Josep Borrell.

"Nous envoyons aujourd'hui un message uni aux autorités russes: elles sont responsables de la sécurité et de la santé d'Alexeï Navalny, nous les en tenons pour responsables". Alexeï Navalnyty, empoisonné au Novitchok en août dernier, avait été arrêté à son retour en Russie en janvier, après une longue convalescence en Allemagne.

Malgré ces dossiers russes qui inquiètent et irritent dans l'UE, un élargissement des sanctions européennes visant Moscou n'est pas actuellement sur la table, a indiqué lundi le Haut représentant Borrell.

© AFP