Monde Une crise provoquée par la hausse du prix de l’essence.

La principale organisation indigène d’Équateur a rejeté vendredi l’offre de dialogue du président Lenin Moreno pour sortir de la crise provoquée par la hausse du prix de l’essence, à l’issue de nouvelles manifestations violentes à Quito.

"Le dialogue qu’il promeut manque de crédibilité", a affirmé la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (Conaie), ajoutant qu’elle n’y participerait qu’une fois "abrogé" le décret supprimant les subventions au carburant.

Plus tôt, le chef de l’État avait appelé, dans une allocution télévisée, les dirigeants de la Conaie à "dialoguer directement" afin de "trouver des solutions" à la crise déclenchée par sa décision d’augmenter de plus de 100 % les tarifs de l’essence, en échange d’un prêt du FMI de 4,2 milliards de dollars.

"Il est indispensable de faire baisser la violence […] Le pays doit savoir que nous avons la volonté de dialoguer", avait ajouté le président, un libéral élu sous l’étiquette socialiste. L’organisation indigène lui a répondu que cette offre de dialogue "repose […] sur l’un des pires massacres de l’histoire de l’Équateur".

En dix jours , les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait cinq morts, dont un dirigeant indigène, et plus de 2.000 blessés, selon le bureau du Défenseur du peuple, entité publique de défense des droits.

Jeudi, les responsables indigènes, fer de lance de la contestation sociale, avaient mis fin aux contacts noués avec le gouvernement, sous la médiation de l’Onu et de l’Église catholique, et appelé à "radicaliser" les actions de protestation.

Vendredi, de nouveaux heurts ont éclaté dans plusieurs endroits de la capitale, quadrillée par la police et l’armée.

Confronté à la pire crise de son mandat, le président Lenin Moreno, élu en 2017, a transféré lundi le siège du gouvernement à Guayaquil (sud-ouest). L’état d’urgence a été décrété pour 60 jours, ainsi qu’un couvre-feu autour des institutions du pouvoir, avec 74 000 militaires et policiers ont été déployés.

Les indigènes - qui représentent 25 % des 17,3 millions d’habitants - rejettent la suppression des subventions au carburant, qui les affecte de plein fouet : représentant 68 % des pauvres dans le pays, ils travaillent principalement dans l’agriculture et voient s’envoler les coûts de transport pour l’écoulement de leurs produits.