Pour bien comprendre cette histoire, revenons deux ans en arrière. A cette époque Roland, un Toulousain de 88 ans, décide de quitter sa maison afin de se rapprocher de sa femme, placée en Ehpad. Même s'il y passe régulièrement afin de l'entretenir, sa maison "abandonnée" finit par attirer un groupe de squatteurs qui prennent possession des lieux. Nous sommes en septembre 2020. Le voisinage, qui se rend vite compte que quelque chose ne va pas, prévient Roland. Trop tard. Selon la loi française, il n'est plus possible d'expulser des squatteurs installés depuis plus de 48h dans un logement. L'affaire passe alors devant le tribunal. Un mois plus tard, la décision tombe : les squatteurs ne pourront pas être délogés avant la trêve hivernale, en juin. Roland, qui souhaitait vendre sa maison afin de se rapprocher définitivement de sa femme, se retrouve bloqué, empêché de rentrer dans sa propre demeure qu'il est contraint d'observer de l'extérieur. "Le juge, il leur a donné raison à eux ! C'est ça que je ne comprends pas !", explique Roland, "Je suis en colère, moi j'ai 88 ans, cette maison a tout le temps été à moi et ils rentrent comme chez eux, comme si de rien n'était".

Un bras de fer avec les riverains

Rapidement, la solidarité autour de Roland s'organise. Un groupe de riverains - principalement composé de jeunes - lui promet de tout faire pour qu'il récupère sa maison avant ce délai. Tous les jours, pendant cinq jours, ils viennent donc devant la bâtisse afin de "montrer qu'ils sont là" et qu'ils "ne plieront pas". Mais le coup de pression ne suffit pas à faire partir les squatteurs. Au contraire, ceux-ci sont même rejoints par des "pro-squatteurs" qui les soutiennent. De part et d'autres, deux groupes s'affrontent, et les échanges deviennent tendus. Comme l'explique la Dépêche du Midi (Roland était un ancien salarié de ce journal), "un climat électrique s'installe, avec des jets de casseroles d'eau, des doigts d'honneur et des insultes en tout genre".

Un départ sans violence

Contre toute attente, les squatteurs ont pris jeudi soir la décision de quitter les lieux. Après une longue négociation "sans la police ni les médias", les "occupants" de la maison ont préféré partir, à la seule condition qu'ils ne soient pas inquiétés par les riverains présents. "Leur départ s'est fait sans violence", assure l'un des habitants qui soutenait Roland. Ce dernier explique toutefois que c'est "sans doute la peur qu'on se jette sur eux qui les a fait partir. C'est la peur qui les a fait partir."

Jeudi soir, les policiers ont donc pu couper les cadenas qui bloquaient l'entrée de la maison. A l'intérieur, le logement semble sale, mais pas abîmé.

"Je suis tellement heureux"

Aussitôt alerté, Roland a laissé exploser sa joie. "Je suis soulagé et très content, merci à tout le monde de m'avoir aidé ! (...) Le calvaire est terminé (...) Je vais enfin pouvoir vendre ma maison et rejoindre la femme que j'aime dans sa maison de retraite." Diane, la fille de Roland qui le soutenait depuis le début, a elle aussi loué l'intervention des riverains. "C'est admirable ce qu'ils ont fait". 

Une loi durcie

Cette affaire n'est pas sans en rappeler d'autres, notamment celle de Martine, 75 ans, une autre Française dont la maison avait été prise en otage par un locataire qui refusait de partir. Là encore, c'est la solidarité organisée autour d'elle et les négociations menées par les services de sa ville (près d'Avignon) qui avaient réussi à déloger l'homme. Avant cela, c'est un couple de retraités qui s'était fait voler sa résidence secondaire. Depuis décembre 2020, la loi encadrant le squat en France a été durcie. Désormais, la trêve hivernale ne s'applique plus pour les squatteurs.