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Dans la région sinistrée de Tacloban, tout le monde semble attendre avec impatience l’aide de l’équipe belge de secours B-Fast. Partout, sur le terrain de la catastrophe, le chef d’équipe Geert Gijs entend les mêmes requêtes : "S’il vous plaît, aidez-nous !"

Les premiers membres du B-Fast sont arrivés hier soir à 9 h (heure belge) dans la zone la plus durement touchée. Soit 36 heures après leur départ. Mais pour déployer leur matériel (40 tonnes d’aide urgente, un hôpital de campagne et une installation de purification d’eau), il faudra encore patienter jusqu’à ce mercredi. Au plus tôt. Car cette aide d’urgence est acheminée par bateau.

Les troupes belges espéraient en effet être opérationnelles dès hier soir. Une équipe composée de médecins, infirmiers et responsables logistiques qui a quitté l’aéroport militaire de Melsbroek dimanche soir. Ils s’étaient fixé 48 heures pour tout mettre en place. Mais rien n’a tourné comme prévu. Les vols ont été retardés ou annulés. Les autorisations diplomatiques pour survoler certaines zones ne sont jamais arrivées. S’il s’agissait d’un vol touristique vers une destination ensoleillée, le tour-opérateur en serait, pour sûr, quitte pour un bon procès.

Mais il s’agit bien d’aide urgente qui doit être acheminée le plus rapidement possible sur les lieux de la catastrophe. On pourrait penser qu’en pareilles circonstances les permissions diplomatiques peuvent attendre. Hélas non ! Cela a causé un sérieux retard au groupe d’assistance belge.

C’est donc finalement avant-hier, tard dans la soirée, que l’équipe B-Fast a pu atterrir à l’aéroport international de Cebu. Un vol de 21 heures via l’Azerbaïdjan et Calcutta. Quarante médecins, infirmiers et experts en tous genres ayant peu dormi sont du voyage. Mais, plus que jamais, prêts à rallier Tacloban, la province la plus durement touchée par le typhon. Car, malheureusement, la zone n’est pas accessible aux gros avions. Et encore moins à l’Airbus ayant acheminé tous ces experts et le matériel. "Il n’y a rien d’autre à faire que de charger le matériel sur un bateau", relate Geert Gijs.

L’équipe, quant à elle, va tenter de prendre un avion plus modeste pour rallier la zone. La moitié y est finalement parvenue et a atterri hier midi à Tacloban. Une équipe démunie car elle ne dispose pas de son matériel, n’a pas les moyens de déployer son hôpital de campagne ni d’installer sa station d’épuration d’eau.

Le tout est en chemin, par bateau. "Nous allons cependant en profiter pour reconnaître la zone", enchaîne Geert Gijs. "Le temps que notre matériel soit acheminé, nous avons pu jauger le terrain et nous savons exactement où nous allons installer notre station d’épuration."

Geert Gijs ne s’étendra pas sur le fait que cela retarde le déploiement des secours belges, alors que des dizaines de milliers de personnes sont dans cette attente. "Il faut tenir compte du fait que nous sommes dans une zone sinistrée. On ne peut donc pas sortir d’un chapeau une piste d’atterrissage pour les gros-porteurs. Nous faisons avec les moyens du bord. Et les autorités locales nous aident dans cette mission. Naturellement, cela va toujours trop lentement, lorsque des vies sont en jeu. Mais nous faisons de notre mieux."

Les Belges en ont aussi profité pour dénicher l’endroit idéal où déployer leur hôpital de campagne à Tacloban. Un choix difficile car tout le monde crie à l’aide. "J’ai immédiatement identifié quatre endroits où nous pouvons être indispensables", poursuit Geert Gijs. "Notamment dans un hôpital du centre-ville, où notre aide est plus que bienvenue. Dans d’autres hôpitaux également, mais aussi dans un petit village aux portes de la ville qui a demandé spécialement notre aide. Un haut fonctionnaire nous a spécialement sollicités pour cet emplacement. Il voulait absolument que nous nous installions là !"

Mais cela avait moins trait à l’urgence et à la nécessité qu’à la volonté du fonctionnaire. "Il provient en effet de ce village et il a donc des voix à y gagner ou à y perdre. Mais une telle motivation ne va bien évidemment pas l’emporter. Nous allons là où les victimes ont le plus besoin de nous, pas les politiciens."

En fin de journée, l’équipe duB-Fast n’avait d’ailleurs pas encore arrêté son choix. Plus que probablement, l’hôpital de campagne sera installé dans ou aux alentours d’un des hôpitaux détruits par le typhon.

Le vol qui devait acheminer la deuxième partie de l’équipe a finalement été annulé hier, à cause des intempéries. Ce mercredi, les secouristes entreprendront une deuxième tentative.