Ils avaient juré avoir changé, après une primaire apaisée mais les écologistes renouent, une fois de plus, avec les chamailleries internes. Cette fois, elles ont lieu à un peu plus d'un mois du premier tour, alors que Yannick Jadot est cloué aux alentours des 5 à 6% dans les sondages.

M. Jadot avait fait mine d'intégrer Mme Rousseau dans plusieurs événements de campagne. Mais il a dû prendre plusieurs fois la parole pour rappeler, après des déclarations de sa dauphine, qu'il était bien le candidat.

Le premier acte du drame a eu lieu en début de soirée avec la publication par Le Parisien d'un article compilant plusieurs propos rapportés de Sandrine Rousseau. Celle-ci y regrette globalement une campagne sans "récit", dans laquelle elle n'est pas assez impliquée à son goût.

"Nos grands stratèges politiques sont juste nuls ! Je deviens folle ! Ils se plantent sur tout... C'est un gâchis", lui est-il notamment attribué.

Contactée par l'AFP, la chantre de "l'éco-féminisme" a démenti en bloc: "Ce sont des propos uniquement rapportés, de couloir".

Vingt minutes plus tard tombe un communiqué de presse lapidaire de Mounir Satouri, le directeur de campagne de Yannick Jadot.

Cet article "illustre ses choix de faire prévaloir une expression personnelle sur le collectif", y estime le stratège. "Nous prenons acte de sa décision. Sandrine Rousseau n'assume donc plus de responsabilités au sein de la campagne écologiste", ajoute-t-il.

"Elle ne préside plus le conseil politique, elle n'est plus conseillère spéciale du candidat", a-t-il précisé à l'AFP, égrenant les postes-clés - sur le papier - que Sandrine Rousseau occupait.

Mme Rousseau n'a pour l'heure pas réagi à cette exclusion. Celle-ci pourrait avoir pour conséquence la remise en cause de sa candidature aux législatives à Paris en juin. Et augure de débats tendus en vue du Congrès d'EELV en 2022, lors duquel Sandrine Rousseau pourrait concourir pour la tête du parti.

Lignes divergentes

Le chef d'EELV, Julien Bayou, a déclaré sur BFMTV: "Une campagne c'est un effort collectif, en soutien à la candidature de Yannick Jadot. C'était ce à quoi elle s'était engagée dans le cadre de la primaire, et avec ses états d'âme ou sa stratégie personnelle, elle nuisait à tous les efforts de tous les militants écologistes".

Selon lui, "le plus simple est qu'elle se mette elle-même (sic) en dehors de la campagne, pour qu'elle puisse faire ses commentaires si elle le souhaite".

"Il aurait fallu prendre cette décision il y a quatre mois. J'avais prévenu tant de fois que cela se passerait comme ça s'est passé", a taclé le député écologiste Matthieu Orphelin sur Twitter.

Lui-même avait été exclu de la direction des porte-parole de campagne à l'automne dernier, pour ses liens supposés avec Nicolas Hulot, mis en cause pour agressions et harcèlements sexuels.

Les relations entre les deux finalistes de la primaire de septembre dernier n'ont jamais été harmonieuses en raison d'une divergence sur la ligne politique, Yannick Jadot se posant en défenseur d'une écologie pragmatique et Sandrine Rousseau prônant la radicalité.

"Sandrine Rousseau prône la déconstruction de l'homme, elle vient de passer à celle de son candidat", a ironisé l'ancien député socialiste Luc Carvounas, soutien d'Anne Hidalgo.

La campagne de Yannick Jadot essuie cet incident au plus mauvais moment. Emmanuel Macron a enfin déclaré jeudi sa candidature à sa réélection, véritable coup d'envoi de la campagne - que l'écologiste avait maintes fois appelé de ses voeux.

L'eurodéputé évolue aux alentours de 5 à 6,5% des intentions de vote, loin du second tour mais aussi de Jean-Luc Mélenchon, premier à gauche, donné au-dessus des 10%.