Plus de 30.000 naufragés secourus, un changement de bateau, deux partenaires perdus, trois pavillons différents: depuis quatre ans, l'ONG SOS Méditerranée, qui a relancé lundi ses opérations de sauvetages de migrants, navigue en eaux hostiles mais garde un cap: "sauver des vies".

Aux crises diplomatiques et au "harcèlement" qu'elle dénonce, et qui l'ont conduite à se séparer fin 2018 de son navire humanitaire, l'Aquarius, a succédé la crise sanitaire liée au coronavirus, qui a pendant trois mois immobilisé au port son successeur, l'Ocean Viking, en route pour patrouiller au large des eaux libyennes. Chronologie.

Le premier-né, l'Aquarius

Créée un an après l'arrêt de l'opération "Mare Nostrum" de la marine italienne, qui avait permis entre 2013 et 2014 de secourir plus de 100.000 personnes en Méditerranée, l'ONG lance en février 2016 sa première campagne de sauvetages à bord de l'Aquarius, en partenariat avec Médecins du Monde.

Dès mai, SOS Méditerranée, dont les missions partaient à l'époque de Sicile, change de partenaire pour s'associer à Médecins sans frontières (MSF): la première gère l'affrètement du navire, la navigation, l'activité de recherche et de sauvetage, en coordination avec les autorités maritimes, tandis que la seconde prend en charge l'aspect médical.

"Notre action répond à un impératif moral et légal, (...) sauver des vies", résume l'ONG.

Entre 2016 et 2018, 177 sauvetages permettent de secourir 29.523 personnes.

Deux pavillons perdus

Après une série d'opérations spectaculaires les 9 et 10 juin 2018, qui permettent de secourir 630 personnes, l'Aquarius se voit attribuer un port de débarquement inhabituellement lointain, à Valence, en Espagne.

Au coeur de l'été, alors que la zone de recherche et de sauvetage passe officiellement sous contrôle des garde-côtes de Libye, pays où l'ONG refuse de débarquer les migrants secourus et auquel l'Europe a "externalisé la question migratoire", dit SOS Méditerranée, Gibraltar annonce retirer son pavillon à l'armateur de l'Aquarius, équivalent d'une immatriculation en mer. Une "décision motivée par des raisons politiques", dénonce l'ONG, qui se tourne vers le Panama.

Fin septembre, le Panama annonce à son tour le retrait de son pavillon.

Fin de l'Aquarius

Attaquée sur le front diplomatique, visée par une demande de saisie préventive de la justice italienne, l'ONG met fin à l'activité de l'Aquarius "suite au harcèlement politique, administratif et judiciaire dont le navire fait l'objet", sur fond de "criminalisation des ONG" d'aide aux migrants.

 L'Ocean Viking prend la relève

Le 4 août 2019, toujours avec MSF, SOS Méditerranée reprend ses opérations avec un nouveau navire, l'Ocean Viking, qui bat pavillon norvégien, une nationalité moins sensible aux pressions diplomatiques, estime-t-elle. Initialement conçu comme un navire d'assistance pour l'industrie pétrolière et gazière, il mesure 69 mètres de long pour 15 mètres de large.

Le 14 septembre, après 14 mois de fermeture des ports aux ONG, il est le premier bateau humanitaire autorisé à accoster en Italie, avec des rescapés à bord.

Le coronavirus gèle les opérations

Alors qu'un mécanisme temporaire de répartition des personnes secourues en mer venait d'être esquissé par les Européens, et que 722 exilés avaient été secourus depuis le 1er janvier 2020, l'Ocean Viking rentre à son port d'attache à Marseille le 20 mars, contraint de stopper ses opérations en raison de la crise sanitaire liée au coronavirus.

En raison de dissensions sur la reprise de l'activité en pleine pandémie, SOS Méditerranée et MSF annoncent le 17 avril la fin de leur partenariat.

Depuis sa première mission, l'Ocean Viking a secouru 2.095 personnes en 28 opérations, portant à 31.618 le nombre de rescapés à bord d'un navire de SOS Méditerranée depuis 2016.

Reprise post-Covid

L'Ocean Viking a quitté lundi matin le port de Marseille.

"Notre rôle c'est de sauver des vies en Méditerranée centrale, où il y a un vide entre la Libye et les pays européens" qui n'y assument pas leur mission de secours, a résumé, à bord, Nicholas Romaniuk, qui coordonne les opérations de secours en mer.

Sans partenaire médical, cette fois.