Le fondateur de Wikileaks risque d’être extradé aux États-Unis.

Éviter l’extradition de son fondateur vers les États-Unis : telle est désormais la priorité numéro un de Wikileaks après la décision, mardi, par la justice suédoise, d’abandonner une nouvelle fois les poursuites contre Julian Assange.

Ce dernier était accusé depuis 2010 de viol par une Suédoise âgée d’une trentaine d’années. Celle-ci lui reprochait d’avoir eu des rapports non consentis avec elle alors qu’elle dormait et sans préservatif.

Le parquet suédois avait classé l’affaire en 2017 alors qu’Assange était toujours cloîtré dans l’ambassade équatorienne de Londres, mais l’avait rouvert en mai dernier après l’éviction d’Assange de l’ambassade et son arrestation par la police britannique.

“Beaucoup de temps s’est écoulé depuis les faits avec pour conséquence d’affaiblir les éléments de preuve […] au point que j’ai décidé de classer l’enquête sans suite”, a annoncé la procureure en chef adjointe, Eva-Marie Persson, lors d’une conférence de presse à Stockholm.

L’avocate de la plaignante a toutefois la possibilité de faire appel. À l’AFP, elle a déclaré qu’elle “ne partageait pas l’analyse du parquet”.

Quoi qu’il en soit, les Britanniques n’ont désormais plus qu’une seule demande d’extradition dans les mains, celle de la justice américaine. Washington veut mettre la main sur ce cybermilitant qui a dévoilé quantité d’e-mails internes des pays les plus puissants, en particulier, en 2010, des câbles diplomatiques et documents confidentiels sur l’engagement américain en Irak et en Afghanistan.

Il y a eu des critiques : plusieurs quotidiens qui ont collaboré avec Wikileaks (dont le New York Times et Le Monde) ont dénoncé en 2011 ses méthodes car le site avait diffusé des dépêches diplomatiques sans expurger des noms de personnes ainsi mises en danger.

Aux États-Unis, le procureur Mueller enquête aussi sur le rôle qu’aurait joué Assange, de l’ambassade équatorienne, dans la diffusion des fameux e-mails d’Hillary Clinton. Un rapport rédigé par la société espagnole qui gardait l’ambassade équatorienne, UC Global, laisse entendre qu’il a joué un rôle central dans la diffusion de ces e-mails piratés par les Russes, malgré sa résidence forcée.

La firme espagnole avait mis Assange sous étroite surveillance – allant jusqu’à poser un micro dans les toilettes des femmes où l’intéressé tenait des conciliabules pour éviter les écoutes. Selon le quotidien El Pais, la firme est soupçonnée d’avoir travaillé pour la CIA.

Assange risque aux États-Unis jusqu’à 175 ans de prison notamment pour “espionnage” et “piratage informatique”.

Un homme affaibli et déprimé

Pour le moment, Assange est détenu dans une prison de Londres. Il y subit une peine de 50 semaines de prison pour s’être soustrait à la justice britannique en se réfugiant en 2012 à l’ambassade équatorienne.

Ceux qui l’ont approché, dont son père, décrivent un homme affaibli, déprimé et maigre. Les paroles les plus dures sont venues en mai dernier du rapporteur de l’Onu sur les tortures. “En 20 ans de travail avec les victimes de guerre, de violence et de persécution politique, je n’ai jamais vu un groupe d’États démocratiques s’arrangeant entre eux pour délibérément isoler, diaboliser et abuser d’un seul individu pour une si longue période et avec si peu d’attention pour la dignité humaine et le respect de la loi”, dénonçait Nils Melzer le 31 mai à Genève.

L’audience sur la demande d’extradition d’Assange doit se tenir en février prochain devant un tribunal londonien. [au lieu de procès-verbaux au style indirect, ndlr], nous aurions des écrits de meilleures qualités et nous pourrions les utiliser encore aujourd'hui", a-t-elle déploré.

© AFP