Le président russe a séduit les Belges

ENVOYÉ SPÉCIAL EN RUSSIE CHRISTIAN CARPENTIER

MOSCOU Sur le tarmac du petit aéroport militaire balayé par la neige, une jeune recrue, les lèvres scotchées sur l'embout de son trombone par le froid piquant, s'évertue à suivre le rythme imprimé par les anciens. Avec une inhabituelle bouffée de nostalgie. Car pour la quarantaine de musiciens militaires russes saluant avec les honneurs le départ de la délégation belge, il s'agira d'une des dernières interprétations de l'hymne national.

A la demande du président Vladimir Poutine en personne, les députés viennent de voter la restauration de l'ancien hymne soviétique, composé sous Staline. Seules les paroles seront un peu réécrites.

Curieux contraste, tout de même. Car le sentiment que garderont le Premier ministre Guy Verhofstadt (VLD) et son ministre des Affaires étrangères Louis Michel (PRL) de leur séjour à Moscou restera, au contraire, celui d'un président russe tourné vers l'avenir. Et bien décidé à ne pas laisser retomber son pays dans les errements du passé.

Témoin ce déjeuner improvisé au Kremlin, en tête-à-tête avec Poutine, auquel ils ont eu droit hier midi. Et dont ils sont visiblement sortis séduits. L'image du Vladimir barbare de Tchétchénie serait-elle donc tronquée? Le Moscovite, en tout cas, sait à l'évidence se jouer de multiples facettes.

`Nous avons eu avec lui un entretien d'une grande densité, tant au niveau humain que politique ou perspectif´, lâche un Louis Michel sous le charme de celui qui a tenu à offrir à ses hôtes son cognac préféré tout en devisant de leurs familles respectives. `J'ai le sentiment qu'il nous a envoyé un message sur l'Europe des valeurs, l'Etat de droit et l'évolution démocratique. Il nous a dit que la Russie a emprunté un chemin qui va à la rencontre des valeurs européennes, avec comme objectif, à terme, de les partager pleinement. Qu'il faudra encore du temps, mais qu'au plus il y aura de contacts entre nous, au plus vite cela se passera.´

L'élargissement européen pour toile de fond

`Il nous a dit, au cours du repas, que la Russie est à cheval sur les temps anciens et sur les temps nouveaux, mais que `les morts tentent encore toujours de nous rattraper par les jambes ´, explique le chef de la diplomatie belge, persuadé que Poutine a voulu faire comprendre aux Belges que son pays avait juste besoin de temps et d'aide.

Ce cheminement, Belges et Russes auront encore l'occasion d'en deviser, puisque des contacts privés sont prévus dans les mois à venir. Avec, comme apothéose attendue, une visite officielle à Bruxelles de Vladimir Poutine en octobre prochain, soit sous les six mois de présidence de l'Union européenne par la Belgique, durant lesquels est d'ailleurs déjà prévu un sommet euro-russe.

Il devrait traiter notamment de l'élargissement. C'est que, à l'évidence, l'opération de charme menée récemment à l'égard des Anglais ou des Italiens et aujourd'hui des Belges a pour toile de fond l'inquiétude russe face à son inéluctable affaiblissement au sein d'une Union européenne politique et de la défense de plus en plus large.

Pour l'heure, les autorités belges, elles, ont quitté Moscou avec un goût sucré en bouche. Celui de la conviction que la récente poussée d'adrénaline provoquée par le tandem Verhofstadt-Michel au sommet de Nice a contribué à refaire du petit royaume de Belgique un partenaire qui compte, sur la place européenne