"S'il vous plait. S'il vous plait. J'ai sauvé votre fichu quartier, OK?", a-t-il imploré mi-octobre lors d'un meeting en Pennsylvanie.

Le président républicain, qui brigue un second mandat, a beau marteler que "les femmes aiment vraiment beaucoup Trump", les sondages montrent un tout autre tableau, avec une avance dépassant souvent les 20 points pour le démocrate Joe Biden.

Il y a quatre ans, Hillary Clinton, première femme à avoir une réelle chance d'accéder à la Maison Blanche, n'avait pas fait le plein escompté auprès de l'électorat féminin.

Si la démocrate avait globalement été majoritaire chez les femmes, plus de la moitié des électrices blanches avaient soutenu le milliardaire malgré la diffusion, peu avant le scrutin, d'un enregistrement de 2005 dans lequel il se vantait d'"attraper" les femmes par l'entrejambe.

Gestion du virus

Le désaveu s'est concrétisé dès les législatives de mi-mandat de 2018, lorsque les républicains ont perdu la Chambre des représentants en partie en raison de l'hémorragie du soutien des femmes blanches des banlieues pavillonnaires.

En 2016, Donald Trump avait globalement remporté le vote dans ces zones péri-urbaines résidentielles, par 47% contre 45% à Hillary Clinton.

Dans les intentions de vote pour la présidentielle de mardi, le candidat démocrate Joe Biden le devance d'une dizaine de points dans cet électorat-clé. Et, selon l'analyse du site FiveThirtyEight, ce sont les femmes qui sont à l'origine du revirement.

En cause, notamment, son comportement souvent jugé sexiste ou misogyne, encore illustré en campagne mercredi dans l'Arizona.

"Viens, vite, vite, vite", a-t-il lancé de manière cavalière à la sénatrice républicaine Martha McSally, qui risque de perdre son siège aux élections, pour l'inviter à s'exprimer sur scène. "Tu as une minute, Martha! Ils ne veulent pas entendre ça", a-t-il ajouté, soucieux de rester l'unique vedette.

Aux élections de mi-mandat, "l'attitude et la rhétorique" de Donald Trump avaient été jugées "très troublantes" par près de la moitié des républicaines et 51% des femmes blanches des périphéries, explique à l'AFP Betsy Fischer Martin, politologue à l'American University.

Celles qui le soutenaient malgré leurs réserves expliquaient privilégier ses décisions politiques, mais "deux ans plus tard, notamment avec sa gestion du virus, elles ne lui accordent plus le bénéfice du doute", ajoute-t-elle.

L'ex-magnat de l'immobilier passe donc une bonne partie de ses meetings à tenter de convaincre ces "femmes des périphéries" de voter pour lui.

Se présentant comme le président qui a "sauvé les périphéries", il accuse Joe Biden de vouloir les "détruire", et avec elles le "rêve américain". Il agite le spectre d'un plan démocrate visant selon lui à construire des immeubles d'appartements afin de favoriser la mixité sociale -- et raciale -- à côté des maisons individuelles chères aux Américain(e)s.

"Vos maris au travail!"

"Les femmes veulent la sécurité", a-t-il lancé cette semaine dans le Michigan, sous-entendant que cette mixité serait une menace.

Surtout, il a enchaîné avec un message surprenant.

"Je renvoie vos enfants à l'école", s'est-il vanté. "Et vous savez quoi d'autre? (...) Nous remettons vos maris au travail!"

Les critiques ont fusé.

"Ce n'est même pas vrai", s'est étranglée la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, alors que le chômage reste élevé et de nombreuses écoles fermées en raison de la pandémie. "Mais au-delà de ça (...), dans quel siècle vit-il? Il est tellement à côté des réalités de la vie."

Les détracteurs du président-candidat se moquent d'une vision digne des années 1950, celle de femmes blanches au foyer aspirant à la tranquillité dans leur pavillon.

Or, les femmes comme les banlieues américaines ont fortement évolué. Les mères au foyer ne représentaient plus en 2016 que 27% des Américaines, contre 49% un demi-siècle plus tôt, selon une étude du Pew Research Center.

De plus, les femmes actives sont parmi les grandes perdantes de la crise économique due au coronavirus, ayant perdu leur emploi ou ayant dû cesser leur travail pour s'occuper des enfants.

"Aujourd'hui, les femmes des périphéries sont davantage préoccupées par le Covid et la santé de leur famille que par la notion abstraite de manifestants dans leurs quartiers", selon Betsy Fischer Martin.