Une guerre civile meurtrière dont on ne semble pas voir le bout


BEYROUTH L'Union européenne a prévenu dimanche que l'aide aux réfugiés de la guerre en Syrie avait atteint "le point de rupture", soulignant que sans règlement politique en vue la communauté internationale ne pourrait plus répondre à l'ampleur sans précédent des besoins humanitaires.

"La Commission européenne annonce aujourd'hui (une aide) supplémentaire de 65 millions d'euros pour répondre rapidement à l'ampleur croissante de la crise humanitaire résultant du conflit en Syrie", dans un communiqué publié alors que Kristalina Georgieva, commissaire européenne en charge de la coopération internationale, de l'aide humanitaire et de la réaction aux crises s'est rendu auprès de réfugiés syriens en Jordanie.

"Ces fonds supplémentaires seront dépensés à l'intérieur de la Syrie, pour aider plus de quatre millions de personnes ayant été forcées de quitter leur foyer, et dans les pays voisins qui ont généreusement accueilli environ 1,4 million de réfugiés", ajoute le texte.

L'ONU a indiqué mardi que le nombre de déplacés avait atteint 4,25 millions de personnes. Ce chiffre ajouté aux plus de 1,4 million de Syriens ayant fui à l'étranger -notamment au Liban, en Jordanie et en Turquie-, signifie que plus du quart des 22,5 millions de Syriens ont dû quitter leur foyer en raison du conflit.

"Plus les atrocités et les combats continuent, plus les gens fuient. Rien n'indique (...) que cela va diminuer", a affirmé Mme Georgieva à l'AFP après une visite au camp de réfugiés de Zaatari, dans le nord de la Jordanie.

Ouvert en juillet, ce camp accueille plus de 160.000 réfugiés, qui vivent pour la plupart sous des tentes. Des manifestations pour dénoncer ces conditions précaires y sont très fréquentes.

La Jordanie dit accueillir plus de 500.000 réfugiés syriens et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'attend à ce que leur nombre atteigne 1,2 million fin 2013, soit l'équivalent d'un cinquième de la population jordanienne.

"Nous devons puiser dans nos poches car le pire reste encore à venir. La crise est au-delà de la réponse humanitaire. Nous devons faire plus et mieux", a estimé Mme Georgieva.

"A moins que tous ceux impliqués dans les combats et la communauté internationale ne trouvent très prochainement un règlement politique à la violence, la communauté humanitaire ne pourra simplement plus faire face à l'ampleur sans précédent des besoins. Nous avons atteint le point de rupture", a averti Mme Georgieva citée dans le communiqué.

Elle a indiqué à l'AFP que 60% des réfugiés avaient moins de 18 ans.

"Cela signifie qu'une génération tout entière risque de devenir (une génération) perdue dans ce conflit. Cela nécessite que la communauté internationale trouve des moyens pour aider les jeunes en Syrie", a-t-elle affirmé.

Le bilan dépasse les 80.000 morts

Plus de 80.000 personnes, pour près de la moitié des civils, ont été tuées en Syrie depuis le début de la révolte contre le régime du président Bachar al-Assad, a annoncé dimanche l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Le soulèvement, qui a commencé par des manifestations pro-démocratie pacifiques mais réprimées dans le sang, s'est transformé en une guerre civile meurtrière qui a également fait, selon l'ONU, 4,2 millions de déplacés et 1,4 million de réfugiés.

Le bilan comprend 70.257 morts parmi les civils, les soldats et les rebelles et plus de 12.000 informateurs et miliciens pro-régime, selon l'ONG qui s'appuie sur des chiffres recoupés de sources médicales et militaires.

L'OSDH dénombre 34.473 civils --dont 4.788 enfants et 3.049 femmes--, 16.687 rebelles et déserteurs et 16.729 soldats.

A ceux-là s'ajoutent 2.368 morts non identifiés et 12.000 informateurs et miliciens pro-régime tués.

Selon l'OSDH , ces chiffres n'englobent pas plus de 10.000 détenus dans les geôles du régime ni 2.500 membres de forces pro-régime prisonniers des rebelles.

© La Dernière Heure 2013