Monde Le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration souhaite une collaboration plus poussée entre les pays européens pour expulser les criminels illégaux.

Theo Francken (N-VA) ne veut pas seulement nettoyer la Belgique de ses criminels illégaux étrangers. Aujourd’hui, c’est l’espace Schengen tout entier qu’il a dans sa ligne de mire. En effet, pour 2017, sa nouvelle priorité est de "lutter contre ceux qui séjournent légalement en Belgique grâce à un permis de séjour d’un autre pays européen. Mais qui commettent, ici, des infractions à l’ordre public".

Comment va-t-il y parvenir ? Grâce à Eurescrim. Ce nouveau projet, le premier du genre en Europe, vise à "faciliter, accélérer et optimiser la politique d’éloignement des étrangers qui représentent une menace pour l’ordre public et la sécurité nationale".

En d’autres mots : si un ressortissant étranger dispose d’un titre de séjour dans un pays de l’Union européenne mais commet un crime en Belgique et est condamné à une peine de prison chez nous, l’État tiers va lui retirer son titre de séjour. Et la Belgique, organiser son rapatriement directement depuis l’établissement pénitentiaire.

Eurescrim fonctionne aussi dans l’autre sens : si un étranger séjournant en Belgique est incarcéré à l’étranger, la Belgique lui retirera son droit de séjour. Ainsi, privé de tout droit de rester en Europe, il lui sera impossible de circuler dans l’espace Schengen. Chose qui était possible jusqu’aujourd’hui. "Ça permet de les éloigner plus vite, d’éviter qu’ils restent en Europe mais aussi de briser le cercle vicieux de la criminalité", sourit Theo Francken.

Pour le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, qui ne cache pas sa fierté, il s’agit de "mettre la théorie en pratique, de matière efficace" dans le cadre de sa politique de retour, véritable cheval de bataille de son administration.

Le processus "montre déjà des résultats positifs". Par exemple, sur 124 dossiers échangés, l’Espagne a déjà retiré le droit de séjour à 70 personnes.

Aujourd’hui, une réunion avec plusieurs pays du Vieux continent se tient en ce sens. Theo Francken compte bien convaincre ses voisins de lui embrayer le pas. Pour l’instant, la Suède, l’Espagne, la Grèce, l’Italie et la Pologne collaborent déjà. Mais le très médiatisé secrétaire d’État ne compte pas en rester là : en séduisant ses homologues, il serait le premier à développer "un réseau européen à partir d’une initiative belge". "Plus de pays signent Eurescrim, plus l’effet boule de neige sera important et plus le combat contre la criminalité, qui est une priorité belge et européenne, sera fort", conclut-il.

"Les citoyens européens ont le droit de savoir qui arrive chez eux"

Interview croisée de Fabrice Leggeri, directeur exécutif de Frontex, et Theo Francken.

Quelles sont les relations entre la Belgique et Frontex ?

F. L. : "Je me souviens de l’arrivée des hélicoptères et des bateaux belges dans des zones de la Méditerranée où nous n’avions pas l’habitude d’aller. Quand j’ai vu cela, je me suis dit ‘oui, la crise est là mais la famille aussi’. La Belgique fait partie de cette famille, c’est un État qui collabore énormément sur le plan opérationnel et qui apporte une vision européenne à la politique migratoire. Après tout, c’est à Bruxelles que l’on construit l’Europe depuis 60 ans !"

Th. F. : "Le premier pays que Fabrice a visité après sa prise de fonction était la Belgique. Ça a immédiatement collé entre nous ! Nos compétences sont différentes mais nous allons dans la même direction. Collaborer avec Frontex, c’est montrer que l’Union européenne est forte. Nous n’avons pas le choix : la migration est la préoccupation numéro un des citoyens."

Justement, en parlant de préoccupations : aujourd’hui, est-ce qu’on sait qui rentre en Europe ?

F. B. : "Il y a eu beaucoup de fraudes, notamment de migrants du Maghreb qui disaient être syriens. Pour endiguer le trafic de passeports, nous avons offert plus de services, plus de personnel, notamment pour renforcer la sécurité. Car si 2015 a été une année charnière pour la migration, elle a aussi été une année d’attentats. Quand 10.000 personnes arrivent par jour sur les îles grecques, il faut savoir qui elles sont. Aujourd’hui, 90 % des personnes qui arrivent en Grèce sont enregistrées. En Italie, il y a encore de gros progrès à faire. Et vite : c’est la porte numéro un d’arrivée en Europe."

Th. F. : "Les terroristes aiment les frontières ouvertes. C’est une certitude et c’est pour cela que l’enregistrement systématique aux frontières est nécessaire. Ce n’est pas facile mais Frontex a déjà fait un boulot énorme. Les demandeurs d’asile ont le droit de demander l’asile mais, dans le climat actuel, les citoyens européens ont le droit de savoir qui rentre chez eux. Ils ont le droit de savoir que leur gouvernement sait qui rentre dans leur pays. Pour la simple et bonne raison que le rôle d’un gouvernement est de protéger ses citoyens."

Quelles leçons avez-vous retenues de la crise migratoire de l’année dernière ?

F. L. : "2015 a été un choc pour l’Europe et une année-charnière pour Frontex. Certains États membres n’ont pas tout de suite compris l’urgence de la situation. D’autant que durant la crise, ils ont dû contribuer beaucoup alors qu’ils avaient des obligations nationales, notamment en ce qui concerne la sécurité. Aujourd’hui, l’Europe se tourne vers les bonnes décisions et je peux dire sans hésiter que nous sommes mieux préparés si une telle situation devait se représenter à nos portes. Frontex a plus de moyens, notre budget a doublé en un an et est de 320 millions pour 2017. Nous avons 4.000 personnes, des gardes-frontières, des screeners, des spécialistes dans la falsification de documents qui travaillent tous les jours. Mon appel aux États membres, c’est ‘préparez-vous pour fonctionner avec ce contingent’. C’est ça, la prochaine étape."

Th. F. : (rires)… "Je n’ai rien à ajouter !"