Plusieurs dizaines de greffes du visage et des mains ont déjà été réalisées séparément, mais les deux précédents connus de transplantation simultanée se sont soldés par des échecs. Le premier patient à recevoir une triple greffe, à Créteil en avril 2009, était décédé de complications deux mois plus tard.

Dans le cas de Joe DiMeo, jeune homme de 22 ans originaire du New Jersey, l'opération de 23 heures réalisée le 12 août n'a pas présenté de complications et le patient, qui a participé mercredi à une conférence de presse, est en bonne santé.

L'opération "me donne une deuxième chance dans la vie", a expliqué Joe DiMeo. "Je suis impatient de retourner travailler."


Victime d'une embardée après s'être endormi au volant de son véhicule en juillet 2018, il avait été brûlé au troisième degré sur 80% de la surface de son corps, perdant notamment lèvres et paupières.

Lors des quelque 20 opérations réalisées par la suite, les chirurgiens l'avaient également amputé de plusieurs phalanges.

Mais même après cette série d'interventions, "la seule possibilité qu'il retrouve une bonne qualité de vie était d'envisager une greffe du visage et des mains", a expliqué le Dr Eduardo Rodriguez, responsable du projet, lors d'une conférence de presse virtuelle.

Selon les analyses de l'hôpital NYU Langone, le patient, au système immunitaire fragilisé par les transfusions et les greffes de peau déjà réalisées, risquait le rejet avec 94% des donneurs.

Mais avec le concours d'une association locale, Gift of Life, un donneur décédé compatible a été identifié. L'opération, qui avait été répétée une dizaine de fois, a nécessité six équipes chirurgicales différentes et près de 100 personnes au total.

Les chirurgiens ont découpé le visage du donneur et prélevé plusieurs parties osseuses du crâne, des pommettes, du nez et du menton pour s'assurer d'un alignement satisfaisant sur la face de Joe DiMeo.

Sorti de l'hôpital après plusieurs mois de convalescence, le jeune homme peut déjà "faire pratiquement tous" les gestes avec ses nouvelles mains, a-t-il expliqué à l'AFP, même si le manque de sensations le handicape encore.

Quant à la face, "dès que je l'ai vue pour la première fois, je me suis dit: c'est mon visage, maintenant", a expliqué celui qui était testeur pour un laboratoire pharmaceutique avant son accident.

Même si la plupart des patients greffés du visage ou des mains connaissent un rejet du greffon dans les trois mois suivant l'opération, ce qui n'a pas été le cas de Joe DiMeo, "il n'y a pas de garantie qu'il ne fasse pas de rejet".

Outre le traitement immunosuppresseur, il est important que le patient ne reçoive pas de choc sur les parties greffées, a indiqué le professeur Rodriguez à l'AFP, car un hématome ou une plaie pourraient provoquer un rejet.

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