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Le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira en urgence dimanche soir à 20H00 locales (00H00 GMT lundi, 02h00 heure belge) à huis clos pour évoquer la situation dans l'Est de l'Ukraine, a annoncé l'ONU. Ces "consultations informelles" avaient été demandées un peu plus tôt par la Russie.

Moscou a sommé les autorités pro-européennes de Kiev de cesser "la guerre contre leur propre peuple" au moment où le gouvernement ukrainien déclenchait une "opération antiterroriste" contre les insurgés armés pro-russes.

La Russie voulait une réunion urgente

La Russie veut une réunion "urgente" du Conseil de sécurité de l'ONU sur la crise dans l'Est de l'Ukraine, a annoncé dimanche le porte-parole de la diplomatie russe Alexandre Loukachevitch, selon des images diffusées par la télévision russe.

"La partie russe va porter la situation de crise dans le Sud-Est de l'Ukraine en urgence devant le Conseil de sécurité de l'ONU et auprès de l'OSCE", l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, a-t-il déclaré.

Moscou appelle les autorités de Kiev à cesser "la guerre contre leur propre peuple"

Le ministère russe des Affaires étrangères a appelé dimanche les autorités de Kiev à cesser "la guerre contre leur propre peuple", se disant indigné par les menaces du gouvernement de recourir à l'armée pour mettre fin aux troubles dans l'Est de l'Ukraine, selon les agences russes.

"Nous exigeons des hommes de main de Maïdan, qui ont renversé le président légitime d'Ukraine, de cesser immédiatement la guerre contre leur propre peuple", a déclaré le ministère, ajoutant que "l'ordre criminel du (président ukrainien par intérim Olexandre, ndlr) Tourtchinov de recourir à l'armée pour réprimer les protestations provoquait l'indignation".

La Russie "mène une guerre contre l'Ukraine"

Le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, a accusé dimanche la Russie de "mener une guerre contre l'Ukraine", dans une adresse à la nation au lendemain d'une série d'attaques de groupes armés pro-russes dans l'est du pays. "Le sang a été versé dans la guerre que la Russie mène contre l'Ukraine", a-t-il dit, ajoutant avoir lancé "une opération antiterroriste de grande envergure" pour mettre fin à ces troubles.

"L'agresseur ne s'arrête pas et continue d'organiser des troubles dans l'est du pays", a-t-il ajouté.

"Nous ne laisserons pas la Russie répéter le scénario de la Crimée dans les régions de l'Est", a martelé M. Tourtchinov, en référence au rattachement en mars de la péninsule ukrainienne de la mer Noire à la Russie.

"Tous ceux qui soutiennent les agresseurs et les occupants, qui mènent la lutte armée contre notre patrie, n'échapperont pas au châtiment et à leur responsabilité", a-t-il ajouté.

Le président a toutefois réitéré son offre d'amnistie pour les assaillants qui déposeraient les armes "avant lundi matin"

Le Conseil de l'Europe appelle "toutes les parties" à ne pas recourir à la violence

Le Conseil de l'Europe, dont sont membres la Russie et l'Ukraine, s'est dit dimanche "profondément préoccupé" par l'escalade des tensions en Ukraine, et a appelé "toutes les parties" à s'abstenir de toute violence.

"Je suis profondément préoccupé par les informations faisant état d'affrontements violents en Ukraine aujourd'hui (dimanche, ndlr)", a déclaré dans un communiqué le secrétaire général de l'organisation paneuropéenne, Thorbjorn Jagland.

"J'appelle toutes les parties en Ukraine à s'abstenir de toute violence et à engager des négociations politiques significatives concernant l'avenir de la nation", a-t-il ajouté.

"Les partenaires internationaux de l'Ukraine doivent soutenir le pays afin de trouver des solutions menant à la paix et à la stabilité", a conclu M. Jagland.

Le gouvernement ukrainien pro-européen, confronté à des insurrections armées pro-russes faisant craindre l'éclatement du pays, a lancé dimanche une opération "antiterroriste" de reconquête qui a fait "des morts et des blessés", selon un ministre.



Crédit photo: AFP

L'OTAN met en garde la Russie

Le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen a appelé dimanche la Russie à cesser ses actions de déstabilisation en Ukraine et à mis en garde contre toute ingérence militaire. "Je suis extrêmement préoccupé par la nouvelle escalade des tensions et par les violences concertées dans l'Est de l'Ukraine", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Anders Fogh Rasmussen a dénoncé "la réapparition d'hommes masqués avec des armes russes et des uniformes russes sans insignes, comme lors de l'annexion de la Crimée" et "cela est un développement grave", a-t-il affirmé. "J'appelle la Russie a apaiser les tensions et à retirer les très nombreuses troupes, notamment les forces spéciales présentes dans les zones proches de la frontière" avec l'Ukraine. "Toute nouvelle ingérence militaire, sous quelque prétexte que ce soit, aura pour conséquence d'isoler davantage la Russie sur la scène internationale", a-t-il mis en garde.

Ashton invite la Russie "à retirer ses troupes"

L'Union européenne a sommé dimanche la Russie de cesser toutes les tentatives de déstabilisation en Ukraine et invité les autorités ukrainiennes à continuer à montrer de la retenue dans les opérations pour rétablir leur autorité.

La représentante de la diplomatie européenne Catherine Ashton s'est déclarée dans un communiqué "sérieusement préoccupée par les actions entreprises par des hommes armés et des groupes séparatistes dans diverses villes dans l'Est de l'Ukraine". Catherine Ashton a invité une nouvelle fois la Russie a "respecter l'intégrité territoriale du pays", à "retirer ses troupes massées près de la frontière et à cesser toute opération visant à déstabiliser l'Ukraine". La représentante de la diplomatie de l'UE a dans le même temps invité les autorités ukrainiennes à continuer à montrer de la retenue dans les opérations entreprises pour rétablir leur autorité".

Catherine Ashton a dit son espoir que la réunion prévue le 17 avril à Genève avec le secrétaire d'État américain John Kerry et les ministres des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov et ukrainien Andriï Dechtchitsa permettra de stabiliser la situation. Les ministres des Affaires étrangères de l'UE se réunissent lundi à Luxembourg pour décider des suites éventuelles à donner à ce regain de tensions en Ukraine et évaluer les conséquences de la menace de la Russie de couper les livraisons de gaz à l'Ukraine.

"Des morts et des blessés" des deux côtés

"L'opération antiterroriste" lancée samedi par les forces du gouvernement pro-européen d'Ukraine contre des insurgés armés pro-russes dans l'est du pays a fait "des morts et des blessés des deux côtés", a annoncé le ministre de l'Intérieur.

"De notre côté, un officier du SBU (services de sécurité, a été tué)", écrit Arsen Avakov sur sa page Facebook, évoquant également cinq blessés chez les loyalistes. "Chez les séparatistes, un nombre non déterminé" de victimes, poursuit le ministre.

Opération anti-terroriste lancée dans l'est de l'Ukraine

Une "opération antiterroriste a débuté à Slaviansk", ville de l'Est de l'Ukraine où des hommes armés pro-russes ont pris samedi des bâtiments de la police et des services de sécurité, a annoncé dimanche matin le ministre de l'Intérieur ukrainien Arsen Avakov.

"Des unités de toutes les forces du pays participent. Que Dieu soit avec nous", écrit le ministre sur sa page Facebook.

M. Avakov n'a donné aucune autre précision dans ce message de deux lignes.

Des messages sur différents réseaux sociaux faisaient état dimanche matin de tirs dans la ville, qui compte quelque 100.000 habitants, sans qu'il soit immédiatement possible de confirmer.

Samedi soir, le ministre avait dénoncé une "agression" russe, après une série d'attaques toute la journée contre des bâtiments des forces de sécurité dans l'Est russophone de l'Ukraine, frontalier de la Russie.

Ces attaques, menées par des hommes en uniformes non marqués, armés et visiblement bien organisés, ont fait penser au scénario qui s'était déroulé en mars en Crimée, et fait craindre que la Russie, qui a massé jusqu'à 40.000 hommes à la frontière, ne se saisisse du prétexte des troubles pour intervenir sur le territoire de son voisin.

Moscou n'a jamais reconnu le gouvernement provisoire pro-européen arrivé au pouvoir après le renversement fin février du président pro-russe Viktor Ianoukovitch suite à des manifestations sanglantes à Kiev. Et la Russie a mis en garde samedi Kiev contre tout usage de la force contre les insurgés.

Le Conseil de sécurité ukrainien s'est réuni samedi soir pendant plus de trois heures suite aux attaques dans l'Est, mis aucune décision n'a été annoncée à l'issue de cette réunion.

Kerry menace la Russie de "conséquences supplémentaires"

Le secrétaire d'État américain John Kerry a averti samedi son homologue russe que Moscou devra faire face à des "conséquences supplémentaires" si la tension ne retombe pas avec l'Ukraine voisine et si les troupes russes ne se retirent pas de la frontière.

Au cours d'une conversation téléphonique avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, M. Kerry a "clairement dit que si la Russie ne prenait pas des mesures pour réduire la tension dans l'est de l'Ukraine et retirer ses troupes de la frontière" entre les deux pays, il y aurait des conséquences supplémentaires", a déclaré un haut responsable du département d'État.