L'opposante ukrainienne Ioulia Timochenko, tout juste libérée de prison, a reçu samedi un accueil triomphal face à plus de 50.000 personnes rassemblées sur le Maïdan, place centrale de Kiev. "Vous êtes des héros, vous êtes les meilleurs d'Ukraine ! ", a lancé Ioulia Timochenko, en larmes et assise sur un fauteuil roulant.

"Je n'ai pas reconnu Kiev, avec les voitures brûlées, les barricades, mais c'est une autre Ukraine, l'Ukraine des hommes libres", a-t-elle affirmé, quelques heures après la destitution par le Parlement du président Viktor Ianoukovitch.

L'ex-Premier ministre arborait sa tresse emblématique. Elle a été libérée samedi, au moment où le Parlement destituait de facto le président Viktor Ianoukovitch.


Son portrait grand format figurait au centre du Maïdan, la place de l'Indépendance de la capitale ukrainienne, occupée depuis trois mois jour et nuit par des manifestants hostiles au président Ianoukovitch.

Ancien Premier ministre et adversaire de M. Ianoukovitch à la présidentielle de 2010, Mme Timochenko avait été condamnée en 2011 à sept ans de prison pour abus de pouvoir, une affaire qu'elle dénonçait comme une "vengeance politique".

"Ceux qui ont été tués sont nos libérateurs. Ils vont nous inspirer. Les héros ne meurent pas"!, a-t-elle lancé devant quelque 50.000 personnes réunies pour l'accueillir sur le Maïdan, haut lieu de la contestation, mais aussi théâtre de violents affrontements qui ont fait 80 morts.

"Les héros ne meurent pas!", lui ont répondu en écho de nombreux manifestants du Maïdan.

Avant l'arrivée de Mme Timochenko, une cérémonie funèbre s'était déroulée sur la place en hommage aux manifestants tués. Un cercueil ouvert a été posé sur le podium et un prêtre a rendu hommage à "un patriote mort pour la liberté et l'Indépendance de l'Ukraine".

Des gens, parmi lesquels des pères de familles avec de petits enfants dans les bras ont déposé des fleurs et fait un signe de croix devant un mur de deuil improvisé construit avec des pavés sur la rue Institutska menant sur le Maïdan où ont été tués par balle la plupart des victimes.

"Elle est maintenant comme Roosevelt et elle est indestructible", s'est enthousiasmée Tetiana Matviïtchouk, 52 ans, en référénce au président américain Franklin Delano Roosevelt, élu à quatre reprises et emporté par une maladie qui l'a cloué dans un fauteuil roulant.

"Elle mérite tous les postes", souligne Mme Matviïtchouk, venue de la banlieue de Kiev.

Viktoria, une femme au foyer et son mari sont venus sur le Maïdan "pour Ioulia" qu'ils ont toujours soutenue.

"Les autres responsables de l'opposition peuvent être ses adjoints, mais c'est elle le vrai chef", explique Viktoria.

Olexandre Tchebotarev, 53 ans n'a en revanche jamais voté pour Timochenko et a même soutenu Viktor Ianoukovitch en 2004 pendant la Révolution orange mais s'apprête à le faire si elle se présente à la présidentielle anticipée décrétée par le Parlement le 25 mai.

"Nous n'attendons rien de bien de Timochenko malheureusement", explique de son côté Svitlana, une manifestante.

"Personne sur la Maïdan ne s'est battu pour la libération de Ioulia Timochenko et je pense qu'il faut continuer l'enquête sur ses activités car il faut punir les criminels quelle que soit leur force politique", renchérit Viktor. "Ce qu'elle faisait avant n'était pas bien pour le pays, on espère qu'après sa détention, elle va changer ses choix", a encore estimé Rouslan.

Le discours de Timochenko a été interrompu à plusieurs reprises, des malaises ayant été signalés dans la foule. "Ils n'ont pas tenu le coup, c'est trop émotionnel", commentait un manifestant.

Ioulia Timochenko a appelé les Ukrainiens à rester sur le Maïdan tant qu'ils n'"obtiendront pas ce qu'ils veulent", en assurant que leur exemple contribuerait à "l'instauration de la démocratie dans d'autres ex-républiques soviétiques".

Libérée quelques heures plus tôt

Le parlement ukrainien l'a libérée samedi et décidé qu'une élection présidentielle anticipée aurait lieu en mai, destituant de facto Viktor Ianoukovitch, qui, de son côté, refuse de démissionner et dénonce un "coup d'Etat". La libération de l'opposante a été saluée par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, sur son compte Twitter. "Je salue la libération de (Ioulia) Timochenko. Une justice indépendante est essentielle pour une Ukraine démocratique", a-t-il écrit.

"Ioulia libérée !", scandaient des centaines de personnes à Kharkiv (est), où Ioulia Timochenko était hospitalisée près du centre pénitentiaire. L'ancienne égérie de la "Révolution orange" de 2004, arborant sa tresse emblématique, les a saluées de la main, et s'est rendue à Kiev, sur le Maïdan, la place de l'Indépendance occupée depuis trois mois par des milliers d'opposants. Retrouvez son portrait en cliquant ici .

"La dictature est tombée", a-t-elle proclamé sur le site internet de son parti. Le Parlement avait voté plus tôt dans la journée la "libération immédiate" de l'ancienne Première ministre. Les députés ont ensuite constaté la vacance du pouvoir. "Le président Ianoukovitch s'est écarté du pouvoir et ne remplit plus ses fonctions", est-il écrit dans la résolution adoptée par les députés, qui ont fixé au 25 mai la date d'une élection présidentielle anticipée.

Mais, de Kharkiv (est), Viktor Ianoukovitch, dont le mandat court jusqu'en mars 2015, a assuré qu'il n'avait nullement l'intention de démissionner. "Le pays assiste à un coup d'Etat (...). Je suis un président élu de manière légitime", a-t-il souligné. Il a aussitôt reçu le soutien de la Russie, qui estime que "l'opposition n'a pas rempli une seule de ses obligations" et dénonce "les extrémistes armés et les pillards dont les actes constituent une menace directe (pesant) sur la souveraineté de l'Ukraine".

Ianoukovitch a essayé de prendre un avion pour la Russie

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a tenté samedi de corrompre des gardes-frontières à Donetsk (est) pour qu'ils laissent son avion décoller, a déclaré à l'AFP un porte-parole des gardes-frontières.

Viktor Ianoukovitch a été destitué de facto par le parlement samedi, qui a voté la tenue d'une élection présidentielle anticipée le 25 mai.

Il a quitté Kiev et s'est rendu à Kharkiv (est) où il a donné une interview télévisée, mais on ignorait où il se trouvait samedi soir.

"Un avion privé, qui devait décoller de l'aéroport de Donetsk (est), n'avait pas ses autorisations en ordre. Quand les responsables sont arrivés pour vérifier les documents, ils ont été accueillis par des hommes armés qui leur ont proposé de l'argent pour pouvoir décoller sans autorisation", a déclaré à l'AFP le porte-parole des gardes-frontières, Sergiy Astahov, ajoutant que cette offre a été refusée.

"Peu après, deux véhicules blindés se sont arrêtés près de l'avion et le président en est sorti et a quitté l'aéroport", a-t-il ajouté.

Le porte-parole n'a pas pu préciser la destination de l'avion, mais le chef de l'Etat tentait de s'enfuir en Russie, selon le nouveau président du Parlement, Olexandre Tourtchinov, issu de l'opposition.

"Il a essayé de prendre un avion à destination de la Russie, mais il en a été empêché par des gardes-frontières. Il se cache actuellement quelque part dans la région de Donetsk", a-t-il assuré plus tôt samedi, cité par l'agence Interfax.

Donetsk est la région natale de Viktor Ianoukovitch et un fief de ses partisans.

L'Ukraine a vécu samedi une folle journée, qui a vu quasi-simultanément la destitution de facto du président Viktor Ianoukovitch et la libération-surprise de l'opposante Ioulia Timochenko, qui est immédiatement revenue à Kiev retrouver ses partisans.

Les violences qui ont culminé cette semaine ont fait 80 morts après trois mois de crise aigüe, un niveau de violence inédit pour ce jeune pays issu de l'ex-Union soviétique.

L'UE appelle les Ukrainiens à maintenir "l'unité" et "l'intégrité" du pays

La représentante de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a appelé les responsables politiques ukrainiens à agir "de manière responsable" pour maintenir l'"intégrité territoriale" et l'"unité" du pays.

"L'Union européenne attend que tous en Ukraine agissent de manière responsable, avec pour objectif la défense de l'unité, la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité territoriale du pays", a déclaré dans un communiqué publié dans la nuit de samedi à dimanche à Bruxelles Mme Ashton, en emboitant le pas au ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui avait lancé un appel similaire un peu plus tôt dans la soirée.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a estimé samedi soir qu'il existait des forces menaçant l'intégrité territoriale de l'Ukraine, sans préciser leur nature.

L'Ukraine, 46 millions d'habitants, est divisée entre l'est russophone et russophile, majoritaire, et l'ouest nationaliste et ukrainophone.

Après une folle journée qui a vu le président Viktor Ianoukovitch de facto destitué par les députés du Parlement ukrainien, qui ont décidé d'organiser une élection présidentielle anticipée le 25 mai, et la libération-surprise de l'opposante Ioulia Timochenko, Mme Ashton a appelé les pro-Ianoukovitch et l'opposition à "poursuivre un dialogue constructif afin de répondre aux aspirations démocratiques légitimes du peuple ukrainien".

Elle a assuré que l'UE suivait "minute par minute" l'évolution de la situation dans l'ancienne république soviétique, que Moscou souhaite garder dans sa sphère d'influence.

"J'appelle chacun à respecter l'État de droit et la Constitution. Nous avons besoin d'une solution durable à la crise politique", a insisté la représentante de l'UE, qui a par ailleurs salué, comme d'autres responsables de l'UE avant elle, la libération de Mme Timochenko.

Cette solution doit inclure une "réforme de la Constitution, la formation d'un nouveau gouvernement élargi et la création des conditions adéquates pour la tenue d'élections démocratiques", a-t-elle ensuite détaillé, en réitérant les offres d'assistance de l'UE pour aider l'Ukraine à sortir de la crise qu'elle traverse depuis trois mois et qui a fait une centaine de victimes.

La France "salue" la libération de Timochenko, appelle à la non violence

La France a salué dimanche la libération-surprise de l'opposante Ioulia Timochenko et a appelé au maintien du calme en Ukraine, dans un communiqué à l'AFP du chef de la diplomatie française Laurent Fabius.

"Nous saluons la libération de Madame Timochenko", a déclaré M. Fabius, en voyage officiel en Chine.

"Dans la situation exceptionnelle que connaît l'Ukraine, la France, en lien avec ses partenaires européens, lance un appel à préserver l'unité et l'intégrité du pays ainsi qu'à s'abstenir de la violence", a-t-il ajouté.

"Nous souhaitons le respect de la constitution, la formation d'un nouveau gouvernement et la préparation dans les meilleurs délais des élections", a enfin indiqué le ministre français des Affaires étrangères.

Le sort de l'Ukraine a basculé samedi au cours d'une folle journée qui a vu quasi-simultanément la destitution de facto du président Viktor Ianoukovitch et la libération-surprise de l'opposante Ioulia Timochenko, qui est immédiatement revenue à Kiev.

Mme Timochenko a été accueillie dans la liesse sur le Maïdan, la place de l'Indépendance, haut lieu de la contestation, après des violences qui ont culminé cette semaine au terme de trois mois de crise aiguë.

Laurent Fabius a directement participé à Kiev aux négociations de l'accord conclu en fin de semaine entre le pouvoir ukrainien, l'opposition, l'Union européenne et la Russie, prévoyant notamment une élection présidentielle anticipée en Ukraine.

Mais il avait dû quitter dans la nuit de jeudi à vendredi la table des discussions pour honorer ses rendez-vous prévus avec les plus hauts dirigeants chinois.

Un gouvernement d'union nationale mardi

Le président du Parlement a donné aux députés jusqu'à mardi pour former une nouvelle majorité et un gouvernement d'unité nationale lors d'une séance au Parlement, qui a destitué la veille le président Viktor Ianoukovitch.

"Je demande aux députés de lancer immédiatement le processus de constitution d'une nouvelle majorité parlementaire et la formation d'un gouvernement d'unité nationale. Cela doit être fait d'ici mardi", a déclaré le président du Parlement Olexandre Tourtchinov.

Le Parlement vote la restitution à l'Etat de la résidence de Ianoukovitch

Le Parlement ukrainien a voté dimanche la restitution à l'Etat de la luxueuse résidence du président Viktor Ianoukovitch, destitué la veille.

La résolution prévoyant "la restitution à l'Etat" de la résidence de Mejiguiria a été votée par 324 voix. Cette résidence en banlieue de Kiev, dont la privatisation illégale avait été dénoncée ces dernières années par les médias et l'opposition, était devenue le symbole de la corruption du régime. Des milliers d'Ukrainiens ont pu la visiter depuis samedi.

Ianoukovitch "responsable des événements tragiques", selon son parti

Le président déchu Viktor Ianoukovitch a été lâché dimanche par son propre parti, qui l'a jugé "responsable des événements tragiques" en Ukraine et a condamné sa "trahison" dans un communiqué.

"L'Ukraine a été trahie, les Ukrainiens dressés les uns contre les autres", a déclaré le Parti des régions, mettant en cause "la responsabilité de Ianoukovitch et de ses proches". Viktor Ianoukovitch a été destitué samedi par le Parlement et il est depuis introuvable.